Pour Youssou Ndour, s'il y a quelque chose à retenir de Bercy 2008, c'est la participation de Thione Seck. Le lead vocal du Raam Daan a foulé pour la première fois la scène de Bercy. Et Youssou Ndour a confié en conférence de presse, que Thione Seck a versé des larmes quand il l'a rejoint dans sa loge, après sa prestation. Il dit aussi avoir des projets avec le chanteur du Raam Daam qui est un musicien que le monde doit encore découvrir. Le patron du Super Etoile est revenu sur d'autres questions. Voici en résumé ses propos lors de sa conférence de presse tenue, hier, après beaucoup d'hésitations de son staff.
Quelles sont vos premières impressions sur le 'Grand bal' de Bercy de samedi ? Quelles sont vos premières impressions sur le 'Grand bal' de Bercy de samedi ?
Youssou Ndour : D'abord, en me réveillant ce matin, j'ai appris de mauvaises nouvelles venant de Dakar. Nous venons de perdre le doyen Makhourédia Guèye qui est un père pour moi. Il fréquentait mon père, donc c'est quelqu'un auquel je suis très proche. J'ai également appris le décès d'Abdou Latif Guèye qui est un homme politique. Et au-delà même de la politique, c'était quelqu'un de très engagé dans le domaine de l'humanitaire. Je prie pour que Dieu les accueille dans son paradis. Ce sont de mauvaises nouvelles, mais c'est la vie.
Quels étaient vos rapports avec ces deux personnalités ?
Youssou Ndour : Makhourédia Guèye, c'était un père pour moi. Je l'invitais très souvent discuter à la maison, prendre du thé et rigoler. Pour moi c'était une référence, et il le restera. C'était aussi l'ami de mon père. Pour Abdou Latif Guèye, on a toujours gardé de bons rapports. Quand il a eu des problèmes de santé, je suis allé le voir à l'hôpital. On avait discuté de tout, de mon engagement. Il m'avait encouragé. La dernière fois qu'on s'est vu, nous nous étions tous les deux engagés pour la défense des enfants, sur la pédophilie notamment. D'ailleurs, Adama Sow (animateur de Télescopie à la Rts, Ndlr) était l'initiateur du projet dans ce sens. Je me rappelle que quand je le quittais, je lui disais : 'Monsieur le Député, il faut vraiment que cette loi passe'. Deux mois après, Adama Sow m'appelle pour me dire que la loi était passée. Je me suis dit : voilà pourquoi on a besoin de ces gens-là à l'assemblée, parce que ce sont des personnalités qui ont de l'influence, qui peuvent faire bouger les choses par des raccourcis. 'C'est le début d'une grande collaboration (avec Thione Seck) parce que j'ai toujours des idées par rapport à lui, à sa production et sa carrière internationale (…) Ce chanteur mérite que le monde le découvre'.
Pour revenir à l'évènement de samedi, s'il y a une chose à retenir de Bercy 2008, ce serait quoi ?
Youssou Ndour : Je crois sincèrement que la chose à retenir, c'est la participation de Thione Seck, mon grand frère. Depuis quinze ans pratiquement, les gens ont toujours pensé qu'il y avait de graves problèmes entre nous. C'est vrai que, nous aussi, nous avons laissé faire. Récemment, nous avons eu, par la grâce de Dieu, à parler. Et nous avons réalisé qu'il n'y avait pas de problèmes. Thione est venu à Bercy avec une intention de se donner à fond. J'étais très ému quand, après avoir terminé sa prestation, il est venu pleurer dans ma loge, pratiquement. Donc, s'il y a une chose à retenir, c'est la participation de Thione Seck. Je tiens à le féliciter, à le remercier et à l'encourager. Je pense que c'est le début d'une grande collaboration parce que j'ai toujours des idées par rapport à lui, à sa production et sa carrière internationale. Je crois qu'on va essayer de commencer à réfléchir bientôt. Ce chanteur mérite que le monde le découvre. Nous avons quelques possibilités de mieux le présenter au monde. Je veux aussi remercier Mady Dramé qui est mon manager. C'est l'homme de Bercy. Si je le remercie particulièrement, c'est parce qu'il a eu un accident il y a un an et demi. Il est resté alité pendant 8 mois à l'hôpital. Il a commencé à travailler à l'hôpital pour ce Bercy. Il a vraiment assuré et je lui souhaite une bonne santé. Je remercie également tous les musiciens du Super Etoile qui se sont donnés, mes amis artistes français qui sont venus me soutenir, mes amis sponsors. Je tiens aussi à remercier ma famille qui a tout arrêté pour l'organisation de ce Bercy, la presse, mes équipes techniques. Les gens ont l'habitude de voir Youssou Ndour. Mais derrière lui, c'est tout un système, toute une machine. Si cette machine marche, c'est parce que tout le monde s'y est mis. (…). On savait que Thione et vous étiez déjà réconciliés. Votre duo à Bercy était-il une façon de démontrer la véracité de cette réconciliation ?
Youssou Ndour : Vous savez, le public a besoin de ça. Il n'habite pas avec nous. Que les gens entendent simplement que Youssou et Thione se sont rencontrés et réconciliés, ne suffit pas. Ils voulaient voir. Et hier (samedi, Ndlr), ils nous ont vus ensemble. C'est émouvant et cette image est forte. Et au-delà même de nous, cela veut dire que les gens peuvent se retrouver autour de l'essentiel. Nous ne sommes pas des ennemis, nous ne sommes pas des équipes de football qui doivent gagner. Je le dis depuis 20 ans que la musique n'est pas le sport. C'est vrai que c'est très proche. Mais un match Ja - Diaraf, c'est parfois même de l'animosité sportive. Mais la musique, non. Je veux dire qu'il n'y a aucune personne dans le monde qui peut empêcher le succès de l'autre. Ce n'est pas possible. C'est pourquoi, à chaque fois que quelqu'un me dit, 'je suis ton fan, je n'écoute que ta musique', je lui rétorque que ce n'est pas bien. Il faut écouter tout. Ce n'est pas vrai en plus. Une personne ne peut pas écouter un seul chanteur. Parce qu'on peut entendre un autre chanteur à la radio, en passant quelque part.
Des milliers de personnes n'ont pu assister à votre concert. Peut-on s'attendre à ce que l'année prochaine, il se déroule dans un cadre plus important, notamment le Stade de France ?
Youssou Ndour : DJ Boubs a parlé de ça hier (samedi, Ndlr). Il a essayé de faire monter la pression. Il a même dit que ce sera pour l'année prochaine, mais je l'ai rectifié en parlant de la prochaine fois. Car on ne sait pas encore si le 'Grand bal' aura lieu l'année prochaine. On n'en a pas encore discuté. Il est vrai que le 'Grand bal' est arrivé à maturité. D'ailleurs je voulais faire une déclaration : cet évènement doit maintenant profiter à toute l'Afrique. Au-delà des quatre heures de concert, on a créé l'évènement à Paris et en Europe. Ça intéresse maintenant les médias français. Avant, c'était que pour les Africains et les Sénégalais. Toute la journée (ce dimanche), j'ai refusé des interviews parce que, traditionnellement, on le fait avec les Sénégalais. (…). Il faut qu'on arrive à en faire une tribune, une vitrine de l'Afrique. Parce que je suis ambitieux, je vois grand, je crois que cet évènement peut être un évènement pour l'Afrique. 'Au-delà des quatre heures de concert, on a créé l'évènement à Paris et en Europe. Ça intéresse maintenant les médias français. Avant, c'était que pour les Africains et les Sénégalais'.
Lors du dernier Bercy en 2005, vous aviez dit la même chose. Qu'est-ce qui empêche donc que ce grand bal devienne une affaire africaine, voire internationale ?
Youssou Ndour : Il faudra, à un moment donné, que les autorités s'y mettent. Cette année, avec le parrainage du maire de Dakar, le ministère du Tourisme était vraiment présent. La présidence de la République s'est aussi intéressée à ce que nous faisons. Elle nous a beaucoup encouragé. Je crois qu'à mon retour à Dakar, j'essayerai d'en parler avec le président Wade pour voir comment je peux mettre cette manifestation à la disposition du ministère de la Culture et aider des artistes à y participer.
Vous disiez tantôt que vous êtes ambitieux. Cette ambition peut-elle s'étendre au champ politique ?
Youssou Ndour : Non ! Parce que je fais des choses beaucoup plus intéressantes que la politique. J'ai toujours dit que je n'avais pas d'ambition politique. Pourquoi fait-on de la politique ? C'est pour travailler. Et moi, le travail, j'en ai. Il faut être compétent pour pouvoir aider son peuple. Moi, je ne suis pas aussi compétent. Si je suis président de la République ou Premier ministre du Sénégal, les gens mangeront des pierres. Je suis incapable. Mais je reste passionné par la musique et je suis aussi libre de dire ce que je pense. J'ai une neutralité politique légendaire. Ce n'est pas maintenant que je vais changer. Je suis bien là où je suis. Je suis plus utile là où je suis, que de chercher à avoir un poste exécutif. Sincèrement, je n'en ai pas besoin. N'insistons pas, parce que ce n'est pas possible. Vous ne vous intéressez pas à la politique, mais vous êtes engagé dans le domaine de l'humanitaire.
Vous avez initié le projet Birima. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Youssou Ndour : Le concept Birima, c'est d'abord rendre hommage à Birima, avec toute l'histoire du Cayor. Ce concept vise à lutter contre la pauvreté, à créer des micro-crédits sans demander des garanties. Je compte mettre en avant la dignité. Parce qu'on a oublié le sens de la dignité, on est tombé dans la roue d'une économie où on n'est pas maître. La deuxième chose, c'est qu'il faut qu'on arrête de tendre la main. Même le griot qui chante vos louanges, il ne quémande pas. Ce que vous lui donnez, vous le rétribuez. Il fait son travail. Pendant que vous étiez à l'école, lui, il apprenait l'histoire. Quand il décline l'histoire devant les gens, ils ont des frissons et ils sortent de l'argent pour lui donner.. Ce n'est pas de la mendicité. C'est du Rokki mi rokka. Il faut que les gens arrêtent de tendre la main. Ce qui va les rendre plus dignes. Quand il y a des élections, ils ne vont pas dépendre d'un sac de riz ou de l'argent qu'on leur donne. Avec Birima, nous sommes envahis de partout dans le monde pour être financés. Je dis que les Etats africains se sont endettés, mais moi, j'encourage à ce que les populations s'endettent. Je suis sûr que cela va nous aider à sortir de notre pauvreté. Il y a beaucoup d'argent en Afrique et dans le monde. Pourquoi ne le prennent-ils pas ? Je ne sais pas pourquoi on n'aide pas les plus démunis à trouver du travail. Nous allons mettre la pression sur les décideurs pour qu'ils mettent les moyens en Afrique. Ce projet de micro-crédit ne concerne pas seulement Birima. Je veux qu'on verse beaucoup de milliards de dollars en Afrique, mais pas pour les banques standard.
Et le fonds de roulement ?
Youssou Ndour : Ce n'est pas important. Nous avons mis 200 millions pour commencer. Mais ce n'est pas cela qui est l'important. Ce qui importe le plus, c'est plutôt de lancer ce projet. Aujourd'hui, nous avons des Sénégalais, des Africains qui viennent ouvrir un compte. C'est 15 000 francs pour ouvrir un compte dans Birima. Mais des Sénégalais sont venus avec des millions pour ouvrir un compte. C'est incroyable ! J'ai été halluciné quand j'ai vu cela. Je me suis dit qu'on a touché à quelque chose. (…).
La dernière tournée africaine de George Bush en tant que président des Etats-Unis le conduit au Bénin, en Tanzanie, au Rwanda, au Ghana et au Liberia. Lors de cette visite, il évoquera avec les dirigeants africains la lutte contre le sida, le paludisme, l'aide au développement, les crises au Darfour et au Kenya et bien sûr la lutte contre le terrorisme. Avant son départ, le président Bush a accordé un entretien à quelques radios étrangères dont RFI.
George Bush : Tout d'abord, je me réjouis beaucoup de ce voyage. Il s'agira de mon deuxième voyage en Afrique, du cinquième pour mon épouse. La raison pour laquelle je me réjouis de ce voyage, c'est que je veux que les populations du continent africain sachent que les Américains se soucient beaucoup de la condition humaine. Lorsque l'on voit de la souffrance, cela trouble nos consciences, et nous voulons aider. Et je crois que ceux à qui il a beaucoup été donné doivent faire beaucoup. Et l'Amérique a été bénie. C'est pourquoi nous devons beaucoup faire pour aider la souffrance humaine, la faim, la maladie et le désespoir.
Par conséquent, il va s'agir d'un voyage, qui sera accompagné de la bonne volonté des Américains, avec une stratégie pour aider les pays à gérer leurs problèmes. Je suis reconnaissant envers les dirigeants d'Afrique, et je me réjouis de pouvoir travailler justement avec ces dirigeants en tant que partenaires pour résoudre certains des problèmes qui, je pense, peuvent effectivement être résolus. Merci d'être venu. Je suis prêt à répondre aux questions.
RFI : La situation au Darfour a toujours été une source de graves préoccupations pour vous. Les officiels des Nations unies disent que la situation sur le terrain s'est aggravée au cours de ces dernières journées. Il y a également eu des combats très importants au Tchad. Pensez-vous qu'il y ait un lien entre ces deux éléments, entre le Darfour et le Tchad. Et que faire quant à l'avenir ?
- Je vous remercie. Je crois effectivement que ce lien existe. Tout d'abord, permettez-moi un retour en arrière. Je vais vous dire que les Etats-Unis ont décrit cette situation au Darfour comme étant un génocide. Et, j'ai pris une décision très tôt selon laquelle nous travaillerons par le biais des Nations unies pour aider à envoyer des troupes, qui pourraient lutter contre la souffrance et donner de l'espoir aux négociations entre les groupes rebelles et le gouvernement. Malheureusement, les groupes rebelles, qui étaient au nombre de trois, sont maintenant des multiples de trois. On aurait pu faire la différence au début, Khartoum aurait pu faire quelque chose au début, mais ils ont choisi de faire autrement.
Par conséquent, les Etats-Unis continuent d'œuvrer auprès de la communauté internationale pour faire pression sur le gouvernement du Soudan. J'ai imposé des sanctions très dures contre des individus et contre des sociétés soudanaises. Je l'ai également fait contre au moins un dirigeant rebelle à ma connaissance car je veux communiquer ce signal selon lequel les mauvais comportements impliquent des conséquences. Nous continuons de travailler avec d'autres pays pour les encourager à suivre cette même approche dure avec tous les pays du monde. Certains pays sont réticents, d'autres sont très désireux d'aider. En ce qui concerne les conditions sur le terrain, il y a une chose que nous avons faite, c'est apporter de l'aide en quantité massive. Bien sûr, ce qui nous préoccupe, c'est de savoir si effectivement cette aide parvient dans les camps de réfugiés.
De plus, j'ai dit aux responsables de l'ONU que nous apporterions des formations, de l'entraînement, les équipements pour faciliter l'envoi de troupes. Mais la question qui se pose : est-ce que les troupes viendront ? Et bien, justement une chose que je peux faire, c'est appeler le monde à passer à l'action quand je serai au Rwanda pour féliciter les troupes rwandaises qui se rendront là-bas, et remercier le gouvernement du président Kagamé pour son volontarisme.
Je suis frustré par la lenteur des situations du développement sur le terrain. Je ne suis pas heureux de cela du fait que d'autres pays, certains autres pays, ne prennent pas les mesures nécessaires pour appliquer une pression sur le gouvernement.
J'ai nommé un nouvel envoyé au Soudan dont la tâche est de créer un cadre de négociations qui puisse être efficace. Un des problèmes d'application, c'est que les groupes rebelles sont passés de trois jusqu'à dix, douze, voire dix-huit, si je ne m'abuse. Il faut par conséquent que les Etats-Unis et d'autres rassemblent tous ces groupes pour qu'il y ait quelqu'un avec qui on puisse négocier, qui pourrait parler au nom de tous avec une voix unique.
Je crois effectivement que l'instabilité au Darfour affecte le Tchad et les intérêts français. Et je remercie le gouvernement de Nicolas Sarkozy pour son travail responsable, pour avoir rallié des forces de l'Union européenne pour venir en aide.
Il s'agit d'une situation triste et malheureuse. C'est frustrant, mais en revanche, il y a des moments d'espoir, par exemple, le fait que nombreux sont ceux dans le monde entier qui apportent de l'aide aux gens dans les camps. Mais, le problème, c'est que les gens dans les camps, on voudrait qu'ils rentrent dans leur village.
- Au sujet du Kenya, Monsieur le président. Cela fait un mois et demi maintenant qu'il y a de la violence ethnique. Qui a emporté les élections ? Que faut-il faire pour mettre fin à cette violence ?
- Je ne sais pas si l'on peut dire avec certitude qui a gagné l'élection ? Ca, c'est justement une partie du problème. Deuxièmement, je pense qu'il y a une marche à suivre, et la marche à suivre dit que les parties doivent se réunir de bonne foi et trouver une marche à suivre, un cap jusqu'à ce qu'il y ait de nouvelles élections dont la date devra être fixée par les parties.
Je ne pense pas que ni les Etats-Unis ni personne d'autre ne doivent intervenir et dire « il faut qu'il y ait des élections maintenant ». Mais on peut aider Kofi Annan à encourager les parties à travailler ensemble de manière positive, encourageante. Ainsi les gens pourront voir qu'il y a une sortie, un avenir. Lorsque je serai au Rwanda, je vais demander à Condi [Condoleezza Rice] de se rendre au Kenya et de rencontrer les dirigeants au Kenya pour voir si nous pouvons aider Kofi Annan à faire évoluer le processus.
C'est un citoyen africain qui a appris, avec beaucoup de surprise, la décision sur son interdiction de séjour au Sénégal. Tiken Jah Fakoly, joint hier au téléphone depuis Abidjan où il se trouve présentement, espère que les autorités vont revenir sur cette décision et assure que les autorités sénégalaises ne vont pas réussir à le bâillonner et qu'il va continuer d'asséner ses vérités si le Sénégal vire à la dérive. Le rasta ivoirien, qui craint aujourd'hui pour sa vie, reste toujours déterminé dans son combat pour l'Afrique.
Tiken, êtes-vous au courant que vous êtes persona non grata au Sénégal ?
Oui ! Je suis au courant. Sur les causes, je pense qu'en tant qu'Africain, j'ai le droit de dire mon point de vue sur la situation politique de ce pays. C'était le plus normal du monde, en ma qualité de citoyen africain. Mais, le constat est que ce n'est pas apprécié. Si le Sénégal est une véritable démocratie, on ne doit pas avoir des problèmes avec la liberté d'expression.
Quelle a été votre réaction une fois informé de cette décision ?
C'est une décision qui m'a beaucoup surpris. Je pense que j'ai le droit de dire ce que je pense sur ce pays. Je pense qu'au Sénégal, en tant que pays démocratique, il doit y avoir la liberté d'expression pour permettre à chaque personne de dire ce qu'il pense par rapport à une situation. Maintenant, cela n'a pas été apprécié par certaines personnes. C'est dommage. Je pense que cela ne devait pas arriver. Cela m'a en tout cas beaucoup surpris.
Vous êtes quand même peiné par cette décision.
Oh ! Je parlerai plutôt de surprise. J'ai été surpris, parce que j'ai vu une interview du Président de Wade sur France 24, au cours de la quelle il présentait le Sénégal comme un pays démocratique. Et j'étais enchanté. C'est pourquoi, je vous dis que je suis profondément surpris.
Est-ce un recul démocratique ?
Je ne veux pas juger. Mais, j'avoue que je suis très surpris par la décision de m'interdire de venir au Sénégal. Ce sont des choses que je fais partout. Je suis allé en Centrafrique en 2003 et j'ai dit ce que je pensais par rapport à la candidature de François Bozizé. Je suis allé, il n'y a pas longtemps à un concert au Bénin parrainé par le Président (Yayi Boni) contre la corruption et j'ai dit ce que je pensais. Avant et après l'arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir au Togo par rapport à sa candidature. Et je suis venu au Sénégal et j'ai donné simplement mon impression sur une chose qui crée la polémique au Sénégal. Et en tant que citoyen africain, il n'est pas cool de m'interdire de venir dans mon pays, parce que je considère le Sénégal comme mon pays. Mon dernier album s'appelle L'Africain et je me considère comme un Africain. J'espère que les autorités sénégalaises vont revoir leur décision. Et je pourrais venir à Dakar pour faire des concerts quand je veux. Je pense que ce n'est pas cool, cette décision. C'est tout.
Le Sénégal n'est-il pas en train de devenir un régime dictatorial, s'il a maintenant des problèmes avec les libertés d'expression ?
Ecoutez ! Je ne veux pas juger. Je n'ai pas envie de dire que le Sénégal recule ou avance. J'ai dit que je suis un citoyen africain et je suis dans un pays africain, je donne mon point de vue sur la situation politique. Je fais du reggae et mon devoir est d'éveiller les consciences, d'éduquer et d'informer. Ce que je peux dire au nom de la jeunesse africaine, je dis au Chef d'Etat qu'il n'est pas question de se faire succéder par son fils. On a vu le cas au Togo avant que le fils du Général Gnassingbé Eyadéma vienne au pouvoir et cela a coûté beaucoup de vies. Nous ne voulons pas de ça au Sénégal. Nos parents se sont battus et je pense que le Président Wade fait partie de ceux qui se sont battus pour la démocratie et la liberté d'expression au Sénégal. Je dis donc au nom de la jeunesse africaine, il n'est plus question qu'un Chef d'Etat prépare le terrain pour son fils. Pour nous, en tant que jeune africain, c'est fini. C'est terminé, parce que nos parents se sont battus pour obtenir le peu de démocratie que nous avons obtenue et le peu de liberté d'expression que nous avons, il n'est pas question qu'on marche sur le combat qu'ils ont gagné.
Est-ce que cette décision des autorités sénégalaises va désormais vous empêcher de dire ce que vous pensez sur ce pays ?
Pas du tout ! En tant que citoyen africain, je dirai ce que je pense par rapport à toutes les situations. Je donnerai toujours mon point de vue sur le Sénégal, si je constate des dérives. Je vais vous donner un exemple. En Europe, j'ai joué trente concerts et tous les soirs je dis que je ne suis pas content de Nicolas Sarkozy par rapport à sa politique sur l'immigration. Pendant trente concerts en Suisse, en Belgique, je lui ai dit que je ne suis content et que l'Afrique n'est pas contente de la loi sur les tests d'Adn, sa politique d'immigration. Je le dis tous les soirs. Pendant trois concerts, nous avons été suivis par les Renseignements généraux et durant le troisième concert les organisateurs m'ont dit qu'il y avait des Rg dans la salle. Je leur ai fait une dédicace pour leur demander de bien s'amuser (rires). Et durant ce même soir, j'ai passé le message pour dire à Sarkozy que nous sommes outrés par les tests Adn. Et je n'ai pas eu de problèmes en France. Si j'ai maintenant des problèmes en Afrique, cela veut dire qu'il y a des problèmes. De toute façon, si je ne viens pas aujourd'hui, je viendrai un jour. Maintenant, je ne peux qu'avoir confiance au gouvernement sénégalais. J'espère que les autorités vont revenir sur leur décision, parce que le Sénégal est mon pays et on ne peut pas m'interdire de venir dans mon pays.
Ne croyez-vous pas que vous êtes allé trop loin en demandant au Président Wade de démissionner ?
Non ! J'ai dit ce que je pensais par rapport à une situation donnée. La jeunesse africaine ne peut pas accepter que les fils des Chefs d'Etat deviennent comme ça des Présidents. Nous n'allons plus l'accepter. Je fais du reggae et je dis haut et fort ce que je pense. Je l'ai toujours fait un peu partout en Afrique, à chaque fois que je constate que de telles situations, comme ce qui se passe au Sénégal avec la polémique sur la succession du Président de Wade par son fils. J'ai donné mon point de vue et les gens ont pris une décision que je trouve quand même surprenante.
Est-ce que vous allez travailler pour que les autorités sénégalaises reviennent sur cette décision ?
J'espère que les autorités reviendront sur leur décision, parce que le Sénégal n'a pas besoin d'une polémique comme ça aujourd'hui. Je pense que le ministre (Ousmane Ngom) qui a pris cette décision, il ne connaît pas Tiken Jah Fakoly. Je pense qu'il ne connaît pas Tiken Jah Fakoly, c'est pourquoi il a pris cette décision. Et maintenant qu'il me connaît, il va revoir sa position parce que cette interdiction de venir à Dakar ne va changer en rien l'engagement de Tiken Jah Fakoly pour l'Afrique et la jeunesse africaine.
Tiken, croyez-vous ne pas aujourd'hui que vous représentez une menace pour les dirigeants africains avec vos prises de position tranchées ?
Je pense qu'aujourd'hui tous les pays africains se présentent comme des Etats démocratiques. Si je gêne, cela veut dire que la liberté d'expression n'est pas réelle et que la démocratie dont on parle n'est pas sincère. Je pense que si je gêne, la démocratie n'est pas sincère en Afrique. C'est dommage parce que beaucoup de Chefs d'Etat se sont battus pour cette démocratie. Je pense que Me Maître Abdoulaye Wade fait partie des gens qui nous ont appris à dire non si ça ne va pas. Aujourd'hui, il fait également partie des gens qui se sont battus pour la démocratie en Afrique, c'est pour cela que cette décision m'a surpris. C'est dommage. Ce n'est pas mon devoir en tant que reggaeman d'avoir des contacts ou des rapports avec des politiques. Je suis un peu la voix de cette population sans voix. Mon devoir est donc de rester auprès du peuple, de la majorité et des citoyens africains. Je n'ai pas forcément des rapports avec les autorités sénégalaises et j'espère qu'ils feront preuve de sagesse dans les jours à venir pour lever cette interdiction de séjour, au citoyen africain, Tiken Jah Fakoly, au Sénégal.
Malgré cette décision, êtes-vous prêt à revenir à Dakar ?
Je n'ai, aucunement, envie de lancer un défi au gouvernement sénégalais, mais je souhaiterais qu'ils reviennent sur leurs décisions. Cela ne fait pas du bien à la santé et à l'image du Sénégal. Comme je suis Africain, j'ai des intérêts à Dakar. Dakar, c'est l'Afrique. Le Sénégal, c'est l'Afrique. Donc, il est important que je vienne à Dakar, parce que la jeunesse sénégalaise écoute ma musique et elle soutient mon combat. J'espère tout simplement que le gouvernement sénégalais va revenir sur sa décision pour que je vienne faire un grand concert au Sénégal, mais cette fois-ci au grand stade de Dakar. C'est prévu que je revienne à Dakar. Cela fait partie de mes projets. C'est pour ça que je veux que les dirigeants sénégalais reviennent sur leur décision pour que l'artiste Tiken Jah Fakoly puisse se produire dans les mois qui viennent au Sénégal, parce que le fait de m'interdire de venir n'est pas forcément positif pour l'image du Sénégal. Je fais confiance à l'intelligence, à la sagesse, des hommes politiques sénégalais et des autorités sénégalaises pour qu'ils reviennent sur leur décision pour que je puisse revenir un jour tenir un grand concert au Sénégal quand je serai invité par un organisateur de spectacles.
Aujourd'hui, ne craignez-vous pas pour votre vie ?
Si ! Si ! J'ai peur. Maintenant, je crains pour ma vie. Mais, depuis que Thomas Sankara a été assassiné, j'ai tout perdu. Le jour où Patrice Lumumba a été assassiné, j'ai tout perdu. Je pense que le jour où Kwame Nkrumah a été chassé du pouvoir, j'ai tout perdu. Je pense que le jour où Thomas Sankara a été assassiné, j'ai été assassiné. Le jour où Patrice Lumumba a été assassiné, j'ai été assassiné déjà. Je pense que j'ai le droit d'avoir peur. J'ai peur oui. Mais, je suis un artiste qui fait du reggae, mon message ne peut pas être autrement.
Votre amour pour l'Afrique en vaut-il la peine ?
Exactement ! Je pense que mon amour pour l'Afrique et pour la jeunesse africaine en vaut la peine. Il vaut tous les sacrifices. Je pense très sincèrement que je ne fais rien de mal. Je suis un artiste, qui est dans la logique de la démocratie, dans la logique de la liberté d'expression et que si je dérange cela veut dire que ces gens ne sont pas démocrates et que ces gens ne sont pas forcément sincères quand ils parlent de démocratie. Mais, j'ai du respect pour tous les ministres du gouvernement sénégalais, j'ai du respect pour Me Abdoulaye Wade qui est un grand frère et mon papa. Je suis un citoyen africain et j'ai le droit de m'exprimer par rapport à tout ce qui se passe sur notre continent.
Pourquoi, le concert de Bouaké prévu ce samedi ne va pas se tenir ?
Le concert de Bouaké a été reporté à une date ultérieure, parce qu'on a vu qu'il coïncide avec la fête de la Tabaski. C'est la seule raison. Je suis à Abidjan depuis hier c'est-à-dire depuis la fin du concert de Dakar. C'est ici même que j'ai appris la décision.
EXCLUSIF: JOOLA, CE QU'ON N'A JAMAIS DIT - Révélation de Nadine Verschatse ''Le Président Wade a refusé que les forces françaises aillent porter secours'' ''...Ali Haïdar a failli mourir''
C'est une femme perdue, au regard pantois, à la mise soignée, qui ouvre la porte d'un logis situé au quartier dakarois du Point E. Nadine Verschatse, 54 ans, n'a pas encore fini de pleurer sa fille Claire, 20 ans, qu'elle a perdu lors du naufrage du Joola, le 26 septembre 2002. Comme dans un livre ouvert, la tristesse de ses yeux gris renseigne sur le vécu de cette dame que ce drame maritime a « transformée ». Venue au Sénégal pour célébrer la Fête des morts, elle court de cimetière à cimetière, faute d'une tombe ou d'effets personnels de sa fille pour se recueillir. Elle erre depuis 5 ans, entre le Sénégal et les côtes gambiennes, pour essayer de faire son deuil et d'en savoir un peu plus sur le flou qui entoure le Joola. Amère et plus que jamais décidée à mener le combat pour la vérité et pour la mémoire des victimes, Nadine, dans le cadre de l'Association française des familles de victimes du Joola, attend que justice soit rendue sur cette affaire, par le tribunal international d'Evry en France ou leur plainte a été instruite.
Entre dignité et sanglot, la française accuse encore le Président Wade et le gouvernement sénégalais de manquer d'humanité et de respect aux familles de victimes, en refusant le renflouement du bateau aujourd'hui à 18 mètres de profondeur, à 22 km et à trois heures des côtes gambiennes. Remontant avec Weekend les souvenirs de sa fille, le drame des parents, elle ébruite quelques détails sur une mission sur l'épave commanditée par le Sénégal et à laquelle elle a assisté. Rencontre.
Ali Haïdar a failli mourir
Votre fille, Claire Verschatse et son amie d'enfance ont péri dans le naufrage du Joola. Et vous voilà encore au Sénégal, où vous êtes venue vous recueillir pour célébrer la mémoire de votre fille disparue en mer lors de cette catastrophe maritime. Que ressentez-vous en ce cinquième anniversaire, même si vous n'avez pas vu le corps de votre fille ?
Cette année, c'était encore plus difficile par rapport aux autres, car on a beaucoup de mal à accepter que ce drame ne soit pas reconnu au niveau national. Qu'il soit dans le mépris, dans l'oubli et dans la banalisation. C'est quand même plus de 2 000 morts. Et aujourd'hui, on a besoin de cette reconnaissance, c'est très important. Non seulement les familles souffrent d'avoir perdu les leurs, mais elles souffrent surtout de ce mépris. Cette année plus particulièrement, on a installé le Sénat le jour de l'anniversaire du Joola (1e26 septembre) comme si on voulait que les familles oublient et ça, c'est impossible. Ceux qui ont retrouvé le corps des leurs et ceux qui n'ont pas retrouvé les leurs, partagent déjà la même souffrance. Mais c'est différent pour nous qui n'avons pas retrouvé le corps de nos victimes, car nous sommes comme des âmes qui errent. Moi, je fais tous les cimetières, je me recueille partout, je vais au bord de la plage, je regarde la mer car je ne sais pas où chercher. Je sais que le bateau est à 18 mètres de fond, le Président Wade s'était engagé à ce que, si on pouvait financièrement et techniquement lui prouver que c'est faisable, le bateau serait renfloué. II n'a pas tenu ses promesses et toutes les familles de victimes souffrent de cela. On ne peut pas se reconstruire sans le renflouement du bateau, c'est impossible. Et tous les psychologues et médecins légistes vous le diront. Le plus difficile c'est que dans le monde entier, on fait des renflouements dans des mers beaucoup plus agitées, alors que pour nous, (pour le Joola) tout est encore intact. Ma fille était dans les pullmans, avec d'autres personnes. L'identification est encore possible. Le bateau était à 18 mètres de fond et à 22 km des côtes gambiennes. II est clair, aujourd'hui, que tout est réalisable techniquement. II y avait encore une expédition en Corse où les Américains sont allés pour identifier des personnes qui sont mortes pendant la Guerre mondiale parce qu'ils ont voulu récupérer et identifier les leurs.
Je pense que la meilleure chose que peut avoir une famille de victime, c'est de récupérer ou un corps ou un effet personnel. L'identification est encore possible à travers l'Adn, au niveau de la dentition. II faut savoir que les ossements sont intacts, les montres sont arrêtées à 11 heures, les bijoux, et tout ce qui était sous plastique sont restés intacts. Aujourd'hui, la technique montre quelque fois des bateaux qui restent 100 ans dans l'eau, et sur lesquels on fait encore l'identification. II y a eu la mission Pérouse qui a été financée par la France et l'on y a retrouvé des corps. On a aussi fait des missions sur le Titanic, où ont été retrouvés des effets personnels pour que la mémoire collective existe. Sur le plan psychologique, c'est très important. Aujourd'hui, on se pose beaucoup la question de savoir pourquoi le Président Abdoulaye Wade s'oppose ainsi à ce que nous, les familles de victimes, puissions faire nos deuils et nous reconstruire. C'est l'ensemble des familles qui souhaite cela. Au début, les autorités disaient que ce sont les familles françaises qui venaient bousculer les cultures et les traditions. Finalement, on s'est rendu compte qu'humainement, nous fonctionnons tous de la même manière. Quand on a perdu un enfant, vous ne pouvez pas savoir le traumatisme. Pour ceux qui n'ont pas retrouvé le corps de leur victime, on se lève et se couche avec eux dans notre pensée, on les voit dans l'eau, on les voit appeler au secours... (Elle pleure un moment avant de se reprendre). Moi, j'ai eu à recueillir les témoignages des familles qui ont reçu des appels téléphoniques qui leur disaient d'envoyer des secours. Tous ceux qui sont rescapés m'ont expliqué ce qu'ils ont vécu et ceux qui ont vu les leurs mourir à côté. II y a aussi ceux qui peuvent témoigner et qui ont des difficultés, car ils n'ont pas l'aide psychologique pour pouvoir s'exprimer, parce que pour eux, c'est un traumatisme à vie. Aujourd'hui, les familles françaises, sénégalaises, européennes, sont toutes dans la même direction. Nous avons besoin que le Président Wade puisse enfin répondre aux promesses qu'il a faites dès le lendemain du drame.
Espérez-vous qu'il les tienne ?
Toutes les familles réclament la même chose : le renflouement et c'est faisable techniquement. Mon mari (Alain Verschatse, vice-président de I'Association française des familles de victimes du Joola) est allé à Bruxelles, y a été reçu avec toutes les associations qu'il représentait aussi ici, au Sénégal. La Commission européenne est tout à fait d'accord pour aider au renflouement du Joola, à condition que maître Wade en fasse la demande. On ne peut pas faire de l'ingérence, mais le Président Wade ne veut pas. La question que l'on se pose, c'est de savoir pourquoi il s'obstine à refuser. Qu'est-ce que cela peut cacher ? Pourquoi ne pas répondre aux besoins et aux attentes des familles de victimes ? Pourquoi essayer de penser que la mer doit engloutir le bateau, non, il faut arrêter! On ne peut pas mentir à la population. Tout est possible, on peut techniquement désensabler ce bateau. J'ai un courrier du Président Wade qui disait «c'était renflouement ou coulage». Mais pourquoi ? On peut se poser des questions, le renflouement est possible. La Commission européenne a dit qu'elle serait favorable à une étude technique si le gouvernement sénégalais en faisait la demande. J'ai un courrier de la Présidence de la République française qui répond à une famille, suite à la mission qui a eu lieu l'année dernière sur l'épave. J'ai été présente, je représentais les familles françaises et le collectif des familles de victimes sénégalaises. C'est possible à partir du moment où le Président Wade veut bien en faire la demande. II faut arrêter de jouer, nous ne sommes pas dans ce drame pour faire de la politique, nous sommes là juste pour l'aspect psychologique. Le Président Wade doit répondre aux familles, c'est très important. Je viens ici (au Sénégal) depuis 5 ans et je peux vous dire que nous avons tous la même souffrance car j'ai rencontré des familles à Djembéreng (village de la Casamance).
Le deuil est plus difficile pour ceux qui n'ont pas retrouvé le corps de leurs parents disparus dans le Joola?
Oui, parce que comme je vous le disais tout à l'heure, on se lève le matin, on se couche le soir et on voudrait se recueillir quelque part. On voudrait pouvoir matérialiser. J'ai pu avoir, lors des colloques avec la Fenvac (Fédération nationale des victimes d'accidents collectifs) en tant que déléguée régionale Ile-de-France Sud-ouest, la possibilité de discuter avec un médecin légiste. Bientôt il va faire une émission sur Tf1, il a dit : «Quand on n'a pas le corps, on ne peut pas faire le deuil. Si par contre on ne l'a pas, on peut retrouver des objets personnels pour matérialiser.» Au début du drame, je regardais toujours la porte ainsi que mon fils et mon mari. Et je pense que les familles des victimes, même si elles ne le disent pas, elles vont sûrement, à travers mes propos, se reconnaître à travers ce que je dis. On pense toujours qu'elle va passer par la porte, on sait qu'elle est partie mais c'est pour vous donner l'image de ce que cela vous fait au début et que cela persiste. On est dans l'attente de retrouver la moindre preuve. Personnellement, je sais ce qu'il y a dans le sac de ma fille, je sais les cadeaux qu'on lui avait faits. Je sais qu'une mission de renflouement et de restitution des effets personnels serait importante. J'ai pu aller en Gambie discuter avec les pêcheurs qui sont intervenus sur les côtes gambiennes où plus de 500 corps ont échoué. Ils m'ont dit qu'ils ont récupéré les effets personnels des victimes pour les restituer aux autorités sénégalaises. Pourquoi elles ne les redonnent pas aux familles. Un piroguier m'a dit aussi qu'il a récupéré un corps de Toubab (Blanc) qui n'était pas abîmé, car il avait dû nager longtemps. Les pêcheurs gambiens m'ont dit qu'il y avait beaucoup d'Européens, mais aussi beaucoup de Sénégalais donc l'identification était faisable. Ils sont, pour certains, enterrés en fosse commune parce que c'est sous les ordres des autorités sénégalaises et non gambiennes comme on a voulu nous le faire croire. Les Gambiens ont récupéré les corps en les superposant en nombre de cinq, enveloppés dans du plastique ou de la couverture, avec l'aide des pompiers et de la Croix rouge. J'avais été reçue en 2005 par le ministre de l'Intérieur qui m'avait dit qu'à partir du moment où l'on a une autorisation, l'identification est possible.
''Le Président Wade a refusé que les forces françaises aillent porter secours.''
Le ministre de l'Intérieur sénégalais ou gambien ?
Gambien. Je voulais que les familles françaises puissent passer en terre gambienne.
Comment seriez-vous en mesure de reconnaître ce qu'il y avait dans le sac de votre fille ?
Elle m'a fait les mêmes cadeaux : des poteries qu'on avait fait à la main en Casamance pour qu'elle puisse faire des cadeaux à sa famille une fois revenue en France. Quand je suis arrivée une fois là-bas, on m'a remis les mêmes poteries que j'ai mises dans la chambre de ma fille. II y a aussi sa trousse de toilette. Elle était assise à droite du pullman comme me l'a dit un rescapé par ailleurs, chanteur de l'orchestre du bateau. C'est lui qui s'était occupé de ma fille et de Guérande son amie. II a aussi témoigné de la présence des deux filles dans le bateau. II a dit qu'au moment où il est allé pour prendre l'air après son show, les filles (Claire, la fille de Nadine et son amie d'enfance Guérande) sont reparties dans les pullmans à droite pour se reposer et que juste après, le naufrage a eu lieu. II faut savoir aussi que lors de la plongée en 2006, le bateau était à l'envers, ce qui est normal et s'il a flotté aussi longtemps c'est que l'eau est rentrée vite à l'arrière. La porte est à quelques mètres du bateau, par conséquent, le bateau a eu un problème par la porte arrière et que l'eau s'est engouffrée très vite. Quand un bateau se retourne, c'est comme un bouchon, il flotte. Les victimes, qui étaient près de la porte, ont souffert le martyre. Le Président Wade a refusé qu'on porte secours, c'est pour cela que nous avons, en France, porté plainte pour non assistance à personne en danger.
II y a eu quand même des secours...
Oui, mais très tard, 18 heures après. Le naufrage, ce 26 septembre 2002, était connu entre 22h et 23h. Les pêcheurs gambiens, au moment où ils partaient en mer le lendemain, ont vu les corps échouer comme des poissons sur la plage, et ont donné l'alerte. Notre juge d'instruction, en France, a fait son enquête et c'est dit que maître Wade a refusé que les secours soient portés, il a refusé que les forces françaises aillent porter secours. S'il n'y avait eu des secours que très tard, on aurait peut-être pu sauver 1000 personnes. Ceux qui étaient dans la coque sont morts dans d'atroces conditions. On nous a fait croire que c'était une tempête, mais nous avons des témoignages sur cassette de ceux qui jouaient aux cartes sur le pont. Donc, il n'y avait pas de vent mais plutôt une forte pluie car on était au mois de septembre. Le bateau n'avait pas été réparé avant d'être remis à l'eau, d'où l'enquête de notre juge d'instruction qui avance. Heureusement qu'il y a une justice internationale pour ça.
II faut quand même dire que l'Etat sénégalais a engagé sa responsabilité dans cette affaire dès le lendemain. Le Président Wade avait engagé la responsabilité du Joola...
Tout à fait. Avec justement le rapport de la Commission sur les responsabilités. C'est sur cela que notre juge d'instruction a beaucoup travaillé puisque le fait que la justice française s'en occupe, ce n'est pas pour faire de l'ingérence, c'est une justice internationale pour toutes les familles de victimes. Notre démarche qui consistait à porter plaine au tribunal d'Evry, c'était pour toutes les familles de victimes. Plusieurs pays sont concernés dont 32 pays européens et beaucoup de pays africains. Au Sénégal, qu'est-ce qui s'est passé ? On a dit que le commandant est mort et la justice sénégalaise classe l'affaire. Mais revenons un petit peu à la situation antérieure. Le commandant a une formation militaire pas celui de transport en commun. II ne répondait pas à la Convention internationale du 28 août 1996 signée aussi par le Sénégal. Le commandant n'est pas responsable, il n'avait que quatre mois de navigation sur ce bateau, il avait été mis en avril 2001 à la commande de ce bateau, ensuite le bateau a été en cale jusqu'au 10 septembre 2001. Le commandant ne disposait pas d'informations nécessaires pour réagir dans ce cas de figure. La responsabilité est au niveau du ministère du Transport et de la Marine. Et c'est bien l'Etat puisqu'il gère les militaires.
Vous avez porté plainte au tribunal d'Evry, en France. Où en est le dossier ?
Nous avons porté plainte contre X. Nous avons déposé notre plainte en avril 2003. Aujourd'hui, il y a des mandats d'arrêt internationaux. Comme vous le disiez tout à l'heure, le rapport de la commission annonçait bien les coupables sur lesquels notre juge d'instruction a beaucoup travaillé. Ce qu'on n'a pas compris, par la suite, c'est pourquoi le Président Wade n'a pas accepté la commission rogatoire. A l'international, notre juge n'a pas été découragé, il a avancé sur ce dossier par rapport aux différents témoignages. Le journal Le Monde a écrit que des mandats d'arrêt internationaux sont lancés contre des personnes sur qui Me Wade a mis l'immunité.
Le journal Le Monde, repris par la presse sénégalaise, a fait justement état de mandats d'arrêt lancés contre d'anciens membres du gouvernement sénégalais dont l'ancien Premier ministre, Mame Madior Boye, mais que les autorités françaises n'y sont pas favorables. Est-ce vrai ?
Non. Notre juge d'instruction a déposé des mandats d'arrêt internationaux chez le procureur de la République du tribunal d'Evry. Aujourd'hui dans Le Monde, il est indiqué qu'au niveau du ministère des Affaires étrangères, cela peut éventuellement être refusé, mais que la justice peut passer outre la volonté du ministère. De toute façon, c'est toujours très délicat politiquement, mais aujourd'hui, nous ne voulons pas que les affaires économiques et politiques viennent nuire à ce drame et à la mémoire collective. II faut qu'il y ait une justice, cela fait partie de la reconstruction des familles des victimes. Le Président Wade a dénoncé, à travers son rapport qu'il a fait tout de suite après le drame, l'irresponsabilité de certains de ses proches. Aujourd'hui, nous demandons qu'il y ait un jugement équitable, une reconnaissance des responsabilités dans ce drame. On leur demande seulement qu'il y ait un procès comme pour toute grande catastrophe. Mais pourquoi le Sénégal s'obstine à ne pas répondre au niveau des commissions rogatoires pour pouvoir avancer et que les familles des victimes puissent enfin faire leur deuil. Si vous vous mettez sur le site de la Fenvac, on oeuvre pour répondre à chaque fois qu'il y a un drame aussi bien pour la partie juridique que psychologique. On ne peut pas dire qu'on peut oublier le drame du Joola, c'est la plus grosse catastrophe maritime du monde. On travaille en étroite collaboration avec toutes les autres associations, pour un mémorial musée. Depuis 5 ans, nous attendons que le Président Wade tienne ses promesses. On ne peut pas toujours attendre et souffrir au quotidien, ce n'est pas possible, on se détruit.
Y a-t-il eu une dernière tentative de la part des familles des victimes française de rencontrer le Président Wade ?
Nous avons fait des démarches auprès du Président Sarkozy, l'association a demandé une audience. Nous avons aussi deux avocats qui suivent tout. Nous demandons maintenant la collaboration du gouvernement sénégalais, et aussi la participation de tous les pays. II ne faut pas penser qu'on peut oublier. Nous souhaitons à travers cette demande d'audience, que M. Sarkozy puisse prévenir M. Wade sur la question, en marge des intérêts économiques et politiques.
Est-il vrai que l'Etat sénégalais a proposé de l'argent aux familles de victimes étrangères pour les faire taire ?
Mon mari (Alain Verschatse) a fait plusieurs fois des démentis : c'est faux ! Nous n'avons pas porté plainte au Sénégal parce que Maître Wade avait classé l'affaire tout de suite après le drame. Donc, nous avons jugé nécessaire de porter plainte en France pour une justice internationale. Nous, on attend le procès et comme toute catastrophe, s'il y a des indemnisations, on va les prendre, car c'est un droit. Mais il ne faut pas croire qu'on peut régler le problème avec de l'argent. Les familles qui hésitent à prendre l'indemnisation doivent le faire, car il reste des orphelins. On n'a rien fait depuis 5 ans et c'est grave, cet argent permet d'entretenir ceux qui restent. Si demain, il y a procès, nous allons prendre les indemnisations qui en découleront, car je pense à l'avenir de mon fils. Je pense qu'il aura besoin de venir au Sénégal quand je ne serai plus de ce monde. Aujourd'hui, nous travaillons pour la mémoire collective avec Idrissa Diallo du collectif des victimes sénégalaises. Et les autres collectifs. Nous avons tenu notre réunion samedi dernier (27 octobre) parce que le mémorial musée sera le vecteur par rapport à tout cela.
Le Président Wade m'a juste dit en me regardant droit dans les yeux, et je n'ai pas vu dans son regard un côté humain et je le déplore: "Bon courage Mme Verschatse.".
Êtes-vous en relation avec l'association des victimes sénégalaises ?
Bien sûr. J'ai encore rencontré Boubacar Bâ, (porte-parole de I'Association sénégalaise des victimes du Joola), M. Tine (Raddho) samedi dernier (l'interview a eu lieu vendredi 2 novembre) dans le projet du mémorial musée. Nous avons créé un comité initiative et nous allons oeuvrer dans ce sens. II y a eu quelques petits déboires au début, car le collectif des familles des victimes de Dakar avait été créé toute de suite après le drame et il avait beaucoup oeuvré. En même temps, en 2003 le gouvernement avait mis en place l'association pro-gouvernementale. Ils ont voulu dissoudre le collectif des familles de victimes de Dakar, c'était quand même une stratégie de l'Etat de les diviser. Au départ, les autorités sénégalaises ont voulu faire croire que les familles des victimes étrangères ne respectaient pas le côté religieux, la culture sénégalaise. C'était uniquement pour créer le désordre au sein des collectifs de familles de victimes. Nous avons été toujours dans le droit chemin, pour le droit des familles. Par la suite, Boubacar Bâ a fait des révélations dans la presse, car il s'est aperçu qu'on allait tous dans la même direction. Nous n'avons jamais porté plainte au Sénégal, nous n'avons jamais eu à demander des indemnisations, on ne nous a d'ailleurs jamais proposé d'indemnisation car nous n'étions pas dans cette démarche. Nous avons porté plainte pour que justice soit faite dans cette affaire. Vous savez, il faut à peu prés deux ans pour surmonter un tel drame. Vous le vivez au quotidien, vous ne comprenez pas. Vous êtes dans la révolte quand vous voyez l'oubli, le mépris, la banalisation. Mais nous avons eu la sagesse de pouvoir avoir cette force qui nous a toujours guidés spirituellement par rapport à notre foi. Aujourd'hui, nous travaillons pour la reconnaissance de ce drame. Nous voudrions aussi, après 5 ans, que le gouvernement sénégalais, enfin, tienne ses promesses.
L'affaire étant classée par la justice au Sénégal, avez-vous espoir en France, que la justice internationale puisse un jour rétablir les culpabilités et que justice soit faite sur le drame du bateau le Joola ?
Oui. J'ai confiance en la justice française et internationale. Je déplore, qu'au Sénégal, l'affaire soit classée. Je pense que la difficulté est le fait que cela concerne beaucoup de pays. Nous gardons bon espoir pour l'avancement de cette affaire avec le représentant de la Fenvac, Jacques Brisson. Nous avons eu une audience avec Me Wade à Paris, en février 2004. J'étais assise à côté de lui et je lui ai dit que c'était essentiel de pouvoir restituer les effets personnels au moment du drame. On a refusé aux médecins légistes de pouvoir faire leur travail en Gambie. Me Wade m'a dit qu'il verrait. C'était depuis
février 2004, il n'a tenu aucune promesse. II m'a juste dit en me regardant droit dans les yeux, et je n'ai pas vu dans son regard un côté humain et je le déplore, il m'a juste dit : «Bon courage Mme Verschatse.» Du courage, je le tiens de la Fenvac dans laquelle je me suis investie. Je viens au Sénégal partager avec les familles des victimes. Mon mari et mon fils ne peuvent pas venir depuis deux ans, car ils ont connu le chômage et il est difficile de prendre trois billets. Etre venue, pour la fête de la Toussaint, m'a grandie. J'ai trouvé au Sénégal une force qui n'est pas mesurable parce que j'ai partagé avec les familles des victimes nos peines et c'est important. Je repars en France ce soir (Vendredi 2 novembre) avec beaucoup de force intérieure et de plénitude.
Comment aviez-vous été informée du naufrage du Joola en 2002 et comment aviez-vous su que votre fille et son amie se trouvaient dans le bateau ?
Ma fille était à Boucotte Djembéring, et ce sont deux personnes qui ont amené ma fille au port de Ziguinchor avec son amie Guérande. France Inter a fait un flash le vendredi après-midi à 16 heures pour dire qu'il y a eu un naufrage d'un ferry entre Dakar et Ziguinchor. Et c'est la maman de Guérande qui a entendu ça à la radio et tout de suite après, le papa de Guérande m'a appelée pour m'informer à mon bureau. II m'a dit: «Donne-moi le portable de ton mari, je vais le lui dire.» Tout de suite, dans ma tête, je n'ai pas pensé à la grande catastrophe, je me suis dit que le bateau était peut-être couché, qu'il y avait des sauvetages, qu'on allait les mettre dans des chaloupes. Je suis rentrée à la maison, pour joindre l'ambassade du Sénégal, en vain. Le Quai d'Orsay (Le ministère français des Affaires étrangères et européennes, Ndlr) aussi était injoignable, car c'était un vendredi après-midi et comme beaucoup de personnes n'étaient pas au bureau, leur numéro n'a été déclenché que quatre jours après. C'est la directrice de l'Agence France presse (Afp) de l'époque qui nous a dit que c'est une grosse catastrophe, qu'il y a eu beaucoup de victimes. Quand nous avions su cela le vendredi après-midi, jusqu'au dimanche, nous n'arrivions pas à savoir. Ce qui était par contre sûr, c'est que nos filles étaient dans le bateau parce que la personne qui avait organisé le voyage pour elles avait tout de suite appelé celui qui les avait déposées au port et que ce dernier avait confirmé leur présence en décrivant comment elles étaient habillées. Ma fille avait racheté un billet à un jeune homme qui habite Brin (Petite bourgade de la Basse Casamance où est enterré l Abbé Diamacoune Senghor, Ndlr). C'est grâce à notre voyage en octobre 2002 que nous avons retrouvé le papa de ce garçon. Ma fille avait fait des tresses pour rentrer , Guérande était blonde et avait aussi des tresses. L'ambassade de France avait demandé de donner les photos dentaires des filles, mais nous n'avons jamais eu de nouvelles. Nous étions dans le désarroi et dans la non-information jusqu'au dimanche soir. C'était terrible d'être à 6 000 kilomètres et de n'avoir aucune information. Le fiancé de Guérande est tout de suite descendu sur Dakar, mais, il n'a eu aucune information concernant les corps des deux filles.
''Ma fille était attirée par l'Afrique, c'était son premier voyage, son premier billet d'avion.''
Comment vous vous êtes organisés pour venir et quand est-ce que vous êtes venus au Sénégal, à la suite du naufrage ?
Nous sommes venus en octobre 2002 grâce à la boulangère qui s'était mobilisée pour nous payer les trois billets d'avion. On est arrivé en fin octobre pour deux semaines.
Pourquoi la boulangère ?
C'était une façon pour elle de nous aider, car elle adorait notre fille. Claire passait toujours chez elle pour prendre des petits pains pour le dimanche matin. Elle faisait toujours la conversation avec elle quand elle rentrait tard le soir. Elle était beaucoup estimée, elle discutait avec tout le monde dans le village où nous habitons (Saint Arnaud-En-Yvelines (78). Elle avait 18 mois quand nous sommes arrivés au village, elle avait toujours le sourire, prévenante. Elle étudiait la neuropsychologie à l'université pour s'occuper des enfants. Elle voulait particulièrement s'occuper des enfants autistes. Je pense qu'elle était attirée par l'Afrique, c'était son premier voyage, son premier billet d'avion. Son père connaissait I'Afrique dans le cadre du Paris-Dakar avec Thierry Sabine (Un des fondateurs du rallye Paris-Dakar, décédé le 14 janvier 1986 par accident au Mali, Ndlr). II était dans les transmissions. II avait beaucoup de photos et attendait que sa fille rentre pour lui parler de l'Afrique et de tous ses souvenirs.
Votre fille avait quel âge au moment du naufrage ?
Elle allait avoir 21 ans le 8 décembre. Elles étaient toutes les deux (Claire et son amie Guérande) à l'université. Claire était en neuropsychologie pour enfant et son ami Guérande dans le même département mais pour adulte à Boulogne-Billancourt. La maison ne vit plus depuis qu'elle a disparu. Mon fils est orphelin (Incapable de se contenir, elle pleure de chaudes larmes). Au moment du drame, j'ai été en cours de licenciement économique et j'ai été licenciée en décembre 2002. J'ai pu faire une formation en ressources humaines, je ne voulais pas me laisser anéantir. J'ai intégré une formation en 2003, j'ai eu mon diplôme en ressources humaines. Par la suite, j'ai intégré la fonction publique dans une communauté de 14 communes. Ce métier m'aide à me reconstruire et j'ai pu, à travers cet emploi, avoir la possibilité de m'absenter six semaines pour l'anniversaire du Joola et la Toussaint.
Avant le drame, vous n'étiez jamais venue au Sénégal ?
Ni au Sénégal ni en Afrique d'ailleurs. Dans le malheur, ma fille m'a projetée dans du bonheur (Elle recommence a pleurer). Je dis cela, car elle m'avait laissé un message sur le répondeur en me disant : «C'est beau.» J'ai découvert la beauté du Sénégal, le coeur des gens, leur générosité et leur spontanéité. Aujourd'hui, si je m'investis autant, c'est par rapport à ça. Même si je pleure en vous disant cela, c'est ce qui me donne la force intérieure. Je peux dire que je remercie le peuple sénégalais de m'avoir donné cette force intérieure.
Je voudrais pouvoir dire au peuple sénégalais, ô combien, je le remercie. Je le remercie de m'avoir permis de pouvoir me construire à travers lui. Même si je souffre tous les jours, me retrouver avec les familles de victimes sénégalaises, discuter avec elles, contempler les photos de nos enfants et pleurer ensemble, ça me réconforte, parce que je sais que ces gens souffrent comme moi. C'est un partage qui nous aide, parce qu'en tant que familles de victimes, on peut mieux se comprendre. Vous savez, dans la souffrance, on ne doit pas se laisser anéantir par le chagrin et la douleur. Mais quand on discute et qu'on partage ...Je fais du bonheur à Djembering, quand je viens, je prends le temps d'aller chez la famille qui a accueilli ma fille et je vais voir d'autres familles de victimes. Je ne suis pas en vacances, je prends toujours le temps d'aller voir ces familles. Je prends le temps de discuter avec elles, car elles sont dans le désarroi. Discuter avec moi, elles arrivent à comprendre ce qu'elles peuvent ressentir et que c'est normal qu'elles le ressentent. Elles sont aussi dans la souffrance et dans l'attente, et le fait de partager avec eux, c'est une chose énorme pour moi. Et tant que Dieu me donnera la vie, je serais toujours là. A mon travail, on m'estime et l'on m'accorde cette absence. C'est difficile par rapport aux responsabilités que j'ai, mais ils savent que c'est du bonheur pour moi. Et quand je rentre, je retrouve beaucoup de dynamisme en moi, c'est comme quand vous m'avez vue tout à l'heure en arrivant. Ça me donne de la force intérieure, je suis quelqu'une qui aime la justice et les relations humaines. Ma fille aussi était pareille, mon fils et mon mari aussi.
Mon mari n'a pas toujours aimé en parler. Vous savez, mon mari avait une fille et un garçon. Et un papa qui perd son unique fille, ce n'est pas du tout facile à digérer. Mon fils s'est un peu emmuré, il ne veut pas beaucoup parler de sa soeur, il ne veut pas nous faire mal, il essaie de nous ménager. Nous aussi, nous faisons tout pour qu'il ne l'oublie pas et qu'il sache que de notre côté aussi, on n'a pas oublié sa soeur. Même aujourd'hui qu'il n'a pas pu venir, il m'envoie des Sms pour me dire : «Maman, j'espère que tu as pu tout faire et que tu vas rentrer heureuse.» C'est du bonheur!
''Le Président Wade ne doit pas nous mépriser, c'est inhumain, ce n'est pas digne''
Vous vous dites aussi contente du peuple sénégalais que déçue des autorités sénégalaises ...
(Elle coupe) Oui, je suis déçue du comportement de l'autorité sénégalaise, je le déplore, son comportement. Mon discours au cimetière de Saint-Lazare (cimetière catholique situé sur la Vdn à Dakar) le 25 Septembre dernier, le ministre Christian Sina Diatta l'a très mal pris, mais je n'ai fait que refléter l'état d'âme des familles de victimes, je ne suis pas là pour attaquer la politique, je n'en fais pas. Je ne suis là que pour exprimer ce qu'on ressent. II faut que les autorités sénégalaises ou françaises le comprennent une bonne fois pour toutes. Monsieur Christian Sina Diatta dit qu'il y a des allusions, mais non, il n'y en a pas eu. C'était la réalité, les états d'âme des familles des victimes sur le plan psychologique. Nous sommes tous des humains, même si on n'a pas tous a même couleur de peau, on a tous un coeur, on a tous la même souffrance. Et là, il faut que le gouvernement le comprenne, il ne faut pas qu'il le néglige par rapport aux intérêts économiques et politiques. Et, c'est pour cela que nous avons demandé une audience à M. Sarkozy, parce que nous avons beaucoup d'espoir. M. Sarkozy, lors de sa campagne, a dit qu'il allait faire beaucoup de choses pour les familles de victimes, il avait parlé de son engagement par rapport à des demandes, à la souffrance, à la crise psychologique. Mais personnellement, je ne suis pas là pour analyser ou juger ce qui est fait politiquement. C'est aux gouvernements entre eux de faire les choses politiquement. En revanche, moi, c'est le drame du Joola qui m'intéresse, pour qu'ils prennent conscience de ce que représentent les familles de victimes mais aussi le coeur d'une mère. J'ai rencontré beaucoup, de familles de victimes en Casamance. A Djembering un père qui a perdu son fils. J'ai vu aussi une famille qui a perdu sa fille étudiante à Dakar et dont j'ai vu le tuteur. Ces gens souffrent comme tant d'autres, et c'est ça mon message pour le Président Abdoulaye Wade : il ne doit pas nous mépriser, c'est inhumain, ce n'est pas digne. Vous avez vu Monseigneur Théodore Adrien Sar (nouvellement nommé Cardinal, Ndlr) il a bien dit qu'on était tous humains qu'il fallait qu'on force le pouvoir, ça c'est important. Laissons la justice faire justice, mais il ne faut pas non plus mélanger les choses avec l'aspect psychologique. Je ne comprends pas l'obstination du Président Wade, je ne la comprends pas.
''Maintenant après cinq ans et avec autant d'obstination du gouvernement sénégalais on se demande s'il y avait quelque chose à cacher dans ce bateau''
Pourquoi vous obstinez-vous réclamer le renflouement du bateau ?
C'est mon vu et celui de toutes les familles de victimes parce que la reconstruction est possible. Vous savez, de penser qu'on laisse ce bateau à 18 m de profondeur et à 22 km des côtes et de les piétiner, c'est très traumatisant. Et surtout qu'on sait que financièrement, ce n'est pas un coût élevé. Surtout quand on entend parle dans la presse des milliards et milliard. Et surtout qu'aujourd'hui, les Européens pouvaient être là si le Président Wade en faisait la demande. En tout cas moi, je ne peux pas prendre le bateau, je ne peux pas piétiner, je ne peux pas... L'année dernière avec la mission, j'étais au-dessus de l'épave, j'ai jeté des fleurs, j'ai regardé l'eau et je la caressais en leur disant à tous que je ne les abandonnerai jamais. Je ne peux pas, sinon je crois que je ne pourrais pas vivre en les abandonnant.
Vous savez, j'ai vu Aidara Nassardine dans ses propos, lors de la conférence de presse qu'il a donnée le 21 septembre dernier. II dit : «Le gouvernement doit-il se reprocher quelque chose ? Y a-t-il quelque chose à cacher ?» Maintenant après cinq ans et avec autant d'obstination du gouvernement sénégalais, on se pose trop de questions. On se demande s'il y avait quelque chose à cacher dans ce bateau.
Et si c'était le cas ?
Si c'est ça, c'est grave! Si ce n'est pas ça, pourquoi n'autorise-t-il pas le renflouement du bateau ? Pourquoi n'accède-t-il pas à cette demande des familles de victimes ?
Alors qu'en 2005, nous avons enregistré son discours à Ziguinchor sur le port, où il a dit devant des milliers de personnes que techniquement, financièrement, si on lui prouve que c'est possible, il serait d'accord. Où est le problème? Quelles sont ses raisons ? II ne les évoque même pas et fuit le pays au moment de l'anniversaire. Nous souhaiterions aussi que ce drame soit reconnu au plan national, c'est la plus grosse catastrophe maritime du monde.
Avez-vous reconstitué l'itinéraire pris par votre fille et son amie pour se rendre en Casamance ?
En octobre 2002, on a retracé le parcours de ma fille et de son amie. On a été à l'hôtel Cap-Ouest où elles ont dormi quand elles sont arrivées à Dakar. On a discuté avec le propriétaire, il nous a montré la chambre qu'elle a occupée. Puis, le propriétaire de Cap-Ouest l'a mise dans un taxi pour lui dire qu'il n'y avait pas de bateau, qu'il fallait qu'elle prenne un «7 places» et qu'elle passe par la route, par Farafégné. Arrivée là-bas, il n'y avait pas de bac donc, elles sont passées par Tambacounda. On a retrouvé l'hôtel où elles avaient dormi à Tamba. Quand la mission de Thalassa (le magazine de la mer présenté par Georges Pernoud sur France 3, Ndlr) est passée pour le premier anniversaire du Joola où je suis apparue avec Haïdar El Ali, un Français avait reconnu ma fille qu'il avait rencontrée à Tambacounda, on est allé le voir à Lyon pour parler d'elle.
Avez-vous une prise en charge psychologique ?
Au début du drame, j'étais suivie par un psychiatre, c'est notre médecin qui connaissait bien la famille qui me l'avait suggéré. II a même pleuré avec nous, et il m'avait conseillée d'aller voir un psychiatre. J'avais besoin de parler et je ne pouvais pas le faire avec mon mari et mon fils, pour ne pas aggraver leurs souffrances. J'ai fait quelques séances avec le psychiatre. Eux étaient allés tous les deux, entre hommes pour parler. Moi je faisais des insomnies, je voyais l'eau, le bateau, le drame, ma fille, son appel au secours et en même temps, je voyais aussi les autres. Et je continue de voir ces images, un appel au secours. Et cet appel au secours, c'est ce que je suis en train de démarcher, je ne peux pas les laisser tomber. Même si des fois, je souffre, j'imagine ma fille dans les profondeurs de l'océan, tous autant qu'ils sont, je ne peux pas les abandonner. Parce que, ce sont quand même nos enfants que nous avons perdus, frères, soeurs ou amis, ce sont tous des enfants de la patrie. C'est pourquoi je lance un appel au Président Abdoulaye Wade de faire ce qu'il y a à faire par rapport aux attentes des familles des victimes, à leurs revendications qui sont légitimes.
Hier, c'était la fête des morts, qu'avez-vous dit à votre fille ?
A ma fille, j'ai touché son nom sur la stèle érigée par l'Eglise et où il y a la liste des victimes, et j'ai dit qu'au travers de cette cérémonie, elle était présente dans nos coeurs. Je lui ai dit que je représentais aussi son papa et son frère et que la force intérieure qu'elle me donne, je veux la conserver. Et que même si j'en souffre, je serais toujours là pour aider les familles des victimes, que quand je suis là, je l'honore, je caresse la plaque où est inscrit son nom. Parce que pour le moment, je n'ai que ça, je n'ai ni corps ni rien où me recueillir, je vais de cimetière en cimetière et puis je regarde les tombes, les noms en me disant que peut-être ma fille est couchée là. Tant que je n'aurais pas trouvé un effet personnel, je ferais tous les cimetières. Je remercie Monseigneur Théodore Adrien Sarr de m'avoir permis de faire le discours du 25 septembre dernier pour exprimer la souffrance des familles de victimes.
''Lors de cette mission, Ali Haïdar s'était gravement blessé, il a failli mourir de septicémie''
Vous rentrez, grandie, comme vous dites. Mais avez-vous véritablement le sentiment d'avoir fait votre devoir de mémoire ?
Tout à fait. Même si on sait qu'après l'anniversaire, les choses s'estompent car on ne peut pas en parler tout le temps. On n'est pas là pour faire du tapage médiatique. On espère aussi que Sarkozy et Wade feront ce que leur dictera leur conscience en tant qu'être humain face à un tel drame. L'année dernière, début septembre 2006, quand je suis arrivée chez Ali Haïdar, une expédition se préparait pour aller sur l'épave, il y avait à peu près huit plongeurs et un garde du corps du Président Wade pour surveiller l'opération. II était question de voir l'état du bateau, de récupérer les effets personnels, des ossements. J'y ai assisté, au nom du collectif des familles des victimes, à Kafountine, à trois heures de l'épave. Tous les jours, il y avait des plongées pour aller voir l'état du bateau. Lors de cette mission, Ali Haïdar s'était gravement blessé et a failli mourir de septicémie. La mission était assez difficile, car je n'avais pas le droit d'interroger les plongeurs, de poser des questions, d'aller dans la salle où était posé le matériel, de faire des photos et d'enregistrer. II y avait le garde du corps du Président Wade, basé à Popenguine, qui surveillait les opérations et téléphonait à Dakar toutes les minutes. II était très ennuyé car il n'avait pas le plan du bateau, ce dernier était en l'envers et cela l'énervait au plus haut point. J'entendais qu'il cherchait la troisième cale, c'était impératif, il fallait la trouver. Le bateau quand il s'est retourné, était un peu en billet, donc la cabine de pilotage était sur la côte, la porte arrière est un peu loin du bateau, il y a un petit camion qui est sorti, mais le gros camion est encore dedans avec une Toyota. Les bagages, tout ce qui est sous plastique est en bon état. C'était sous les sièges dans les pullmans et que les monômes sont arrêtés à 23 heures. J'ai participé à quelques briefings, j'étais en relation avec l'ambassade de France par rapport à cette mission. Le bateau était en bon état, ensablé, et l'on pouvait voir les hublots. J'ai des copies de courrier de M. Djibo Ka qui m'avait appelée en personne l'année dernière pour me rassurer sur la mission. On devait se voir à mon retour de mission sur Kafountine, mais je n'ai pas eu l'entretien. Je dis donc que le bateau est «renflouable», il suffit juste que le Président en fasse la demande au niveau de l'Union européenne. Ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi je n'avais pas accès à l'information alors que je faisais partie de la mission. Mais on me limitait dans mon envie d'en savoir un peu plus.
C'était délicat alors et il pouvait s'agir d'éléments confidentiels ?
C'est une affaire très délicate. Je ne veux pas avoir d'ennuis. C'est trop délicat, c'est quand je suis arrivée au Sénégal l'année dernière en septembre que j'ai vu qu'il y avait cette mission, mais les familles de victimes n'étaient pas averties. J'ai vu que je dérangeais, car ils ne s'attendaient pas à me voir. J'ai tout de suite appelé l'ambassade de France et après on a créé le consensus pour que je sois là-bas avec les familles des victimes. On me surveillait sur place, j'étais obligée de partir au cyber en me faisant accompagner, j'avais peur. L'ambassade m'avait dit de leur envoyer des Sms toutes les minutes pour leur donner ma position. J'ai même blagué un peu en leur disant que s'ils avaient peur qu'on me balance au-dessus de la barque. Le garde du corps du Président me fusillait des yeux, il ne s'attendait pas à ce que le consensus me donne la possibilité d'être là. J'ai bien vu que je dérangeais. Je pense que ce qu'ils cherchaient lors de cette mission, est une des raisons qui fait qu'on ne veut pas renflouer le bateau. Et j'ai entendu dire qu'ils cherchaient la troisième cale. Pourquoi ?
"Le bateau Aline Sitoé Diatta peut arriver en mi-décembre au port de Dakar"
L'ambassadeur de la République d'Allemagne au Sénégal a lancé, samedi à Ziguinchor (455 Km au sud de Dakar), la phase II sur III d'un programme visant la création des « conditions pour une pacification (et un) développement durable » de la région naturelle de la Casamance. Après 25 ans de conflit indépendantiste, cette partie méridionale du pays de Senghor, va ainsi bénéficier, pour cette deuxième phase, du « Programme Casamance (Procas) », allant de juillet 2007 à Décembre 2010, d'une somme de 12 175 000 euros, dont les 89% viennent de la "poche" du contribuable allemand. D'emblée, douze (12) communautés rurales en bénéficient. Son Excellence Madame DORETTALOSCHELDER revient avec nous sur le but d'une telle approche dans la coopération Sénégalo-allemande avant d'annoncer l'arrivée imminente du bateau Aline Sitoé Diatta.
24 heures : Mme LOSCHELDER, voulez-vous nous expliquer le but rechercher à travers une telle approche ?
DORETTA LOSCHELDER : D'abord, nous avons voulu que les signataires de cette deuxième phase soient les collectivités locales. Ce sera une manière pour elles de s'engager pour le développement. J'espère que la concrétisation de cet engagement se fera avec succès. Ceci étant, le but de cette approche est d'être en étroite collaboration avec les populations pour connaître leurs désirs.
Sur quoi allez-vous mette l'accent ?
Globalement nous pensons que le développement et la paix sont étroitement liés. Je veux dire quil n'y a jamais l'un sans l'autre. Si bien que notre démarche consiste au renforcement de la paix tout en améliorant le développement économique en mettant l'accent sur la coopération financière et technique.
Voulez-vous être un peu plus précise ?
C'est surtout la construction et la reconstruction des installations de base comme les postes de santé mais aussi l'accès à l'eau potable notamment pour les déplacés. C'est ainsi que entendons aider les populations. C'est aussi les aider à acquérir des revenus à travers l'agriculture, par l'appui au micro-crédit. C'est également l'aide dans le cadre de l'environnement.
Pourquoi l'environnement ?
Je pense que ce volet est très important car la Casamance est une très belle région avec un environnement riche qui est cependant menacé par les effets du conflit. Or, comme vous le savez, même au niveau mondial, la protection de l'environnement est l'une des priorités. Pour ce qui est de la Casamance, elle a aussi un potentiel économique au sens où le tourisme y est développé. Dans ce sens-là, il faudra également protéger l'environnement.
Pouvez-vous nous dire un peu sur la construction du navire Aline Sitoé Diatta ?
Comme cela a été dit, l'Allemagne avait entrepris une partie du financement de ce bateau qui est en construction (en Allemagne). Le bateau sera prêt mi ou fin Novembre.En tout cas, il peut arriver en mi-décembre au port de Dakar. Mais là, bien sûr, pour la gestion du bateau, le gouvernement doit encore faire des professions. On espère que cela sera vite fait afin que le bateau soit vite mis en service pour relier Dakar à Ziguinchor.