La Cour suprême des États-Unis a exclu mercredi, par cinq voix contre quatre, d'appliquer la peine de mort pour le viol d'un enfant. La Constitution ne permet pas d'exécuter un individu "pour le viol d'un enfant lorsque le crime n'a pas entraîné la mort et n'avait pas pour but d'entraîner la mort", a conclu la Cour dans sa décision rédigée par le juge Anthony Kennedy. Ainsi, la peine capitale ne doit s'appliquer qu'aux meurtriers.
La Cour a précisé que, même si ces viols peuvent être particulièrement atroces, il n'est pas possible d'établir une liste de circonstances aggravantes justifiant la peine de mort sans laisser trop de place à l'arbitraire. "Dans la plupart des cas, la justice n'est pas mieux rendue en mettant fin à la vie du coupable mais en l'enfermant et en lui donnant la possibilité de comprendre l'énormité de son crime", a estimé la juridiction.
Cette décision évite la peine capitale à un homme de 43 ans, Patrick Kennedy, accusé d'avoir violé la fille de sa compagne, âgée de huit ans. La Cour suprême invalide donc le jugement émis en Louisiane en 2003. Cet État fut le premier à condamner à la peine de mort pour un viol. "Nous pouvons seulement espérer que l'argent que la Louisiane a consacré à rédiger et défendre cette loi aberrante et anticonstitutionnelle sera désormais consacré à des soins pour les victimes d'abus sexuels et à des mesures qui réduiraient réellement le risque de tels abus", a déclaré Ben Cohen, l'un des avocats de Patrick Kennedy.
Vives critiques des deux candidats à la Maison-Blanche
Les deux candidats à la Maison-Blanche ont vivement critiqué ce choix. "La peine de mort doit être appliquée dans des circonstances très limitées. Mais je pense que le viol d'un petit enfant de 6 ou 8 ans est un crime odieux", a déclaré le démocrate Barack Obama, jugeant que la Cour aurait dû limiter le recours à la peine capitale en cas de viol au lieu de fixer "une prohibition générale". Son rival républicain John McCain a été encore plus ferme. Il est "profondément perturbant (...) qu'il y ait un juge en Amérique qui ne croit pas que le viol d'un enfant représente le plus odieux des crimes et mérite la plus grave des peines".
Sur les quelque 3.300 condamnés à mort qui attendent leur exécution aux États-Unis, seuls Kennedy et un autre homme ont été condamnés pour le viol d'un enfant non suivi de meurtre. Les deux hommes vont désormais recevoir automatiquement une peine de réclusion à perpétuité sans libération conditionnelle. La dernière fois que la Cour suprême s'était prononcée sur la peine de mort en cas de viol, en 1977, la victime était une femme adulte et la Cour avait fait remarquer que c'était un châtiment excessif pour un violeur qui n'avait pas tué. Toutefois, elle ne s'était pas prononcée dans le cas où la victime serait un enfant.
Depuis quelques années aux États-Unis, la législation s'est particulièrement durcie contre les violeurs d'enfants, souvent condamnés à des peines plancher de 25 ans de réclusion criminelle.
Source : www.lepoint.fr
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