Les libéraux au pouvoir depuis Mars 2000 se sont particulièrement engagés dans une lutte de plus en plus violente contre une bonne partie de la presse fautive d'être un des fossoyeurs majeurs de la démocratie. De condition de cette démocratie, les médias en général seraient, aux yeux des néo-dirigeants sénégalais, en train de la détruire. Ce qui expliquerait, dit-on, l'aversion que le chef de l'Etat lui-même, Abdoulaye Wade, nourrit envers cette presse-là. Wade, il est vrai, s'est particulièrement investi, corps, âme et intelligence, dans une campagne de diabolisation de certains médias, véhicules selon lui de « contre-valeurs démocratiques ».
Le propos n'est pas tout à fait faux. Mais si la plupart des concitoyens lui accordent difficilement crédit, c'est sûrement parce que son ou ses auteurs auraient un réel problème avec la probité morale et avec l'intégrité éthique. N'est-il pas vrai que c'est le pouvoir libéral qui a institué au Sénégal une presse particulièrement injurieuse, conçue comme une arme à son service ? N'est-il pas vrai que sous Wade en particulier, semblent élevés au rang de valeurs suprêmes le prosélytisme, les amalgames, les catégorisations, les récupérations politiciennes, les uppercuts aux règles et procédures démocratiques ? N'est-il pas exact que sous l'ère libérale s'est instaurée l'impunité face aux malversations et aux détournements des biens publics ? Quid de l'achat des consciences ?
Le Sénégal traverse une période d'anomie à l'instar de la presque totalité des pays à l'échelle du monde, mais contrairement aux dirigeants qui sont, un tant soit peu, soucieux des formes et qui cherchent à juguler les crises et à restaurer les valeurs et la justice, les nôtres ne veulent toujours pas rompre les amarres de leur univers théocentré. Du président au plus petit ministron au Curriculum vitae falsifié, tous se pensent comme la Transcendance et ne manifestent absolument pas l'intention de faire le deuil de leur universalité. Dans ce contexte, la plus banale remarque de la presse (qui refuse d'intégrer le giron mental libéral) est aussitôt perçue comme un insupportable outrage. Un affront que les hautes autorités politiques et certaines de leurs affidés religieux préfèrent laver dans les eaux puantes de l'anathème, de la vindicte populaire, de la médisance et de l'amalgame manipulatrice.
Cela dit, le maelström médiatique sénégalais est une réalité et il est légitime, pour le lecteur, l'auditeur ou le téléspectateur au nom duquel on prétend écrire et parler, de questionner la responsabilité des médias dans le cadre de leur rôle de construction d'un espace démocratique qui rende possible la discussion à partir des éléments essentiels. Le propos est clair : au-delà de l'inacceptable qui règne dans les Rédactions, il s'agit, pour les journalistes, d'avoir de l'estime pour leur métier, de s'arracher des dogmes personnels pour se (re) connecter à des principes inconditionnés.
Source : www.xibar.net
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