La dernière tournée africaine de George Bush en tant que président des Etats-Unis le conduit au Bénin, en Tanzanie, au Rwanda, au Ghana et au Liberia. Lors de cette visite, il évoquera avec les dirigeants africains la lutte contre le sida, le paludisme, l'aide au développement, les crises au Darfour et au Kenya et bien sûr la lutte contre le terrorisme. Avant son départ, le président Bush a accordé un entretien à quelques radios étrangères dont RFI.
George Bush : Tout d'abord, je me réjouis beaucoup de ce voyage. Il s'agira de mon deuxième voyage en Afrique, du cinquième pour mon épouse. La raison pour laquelle je me réjouis de ce voyage, c'est que je veux que les populations du continent africain sachent que les Américains se soucient beaucoup de la condition humaine. Lorsque l'on voit de la souffrance, cela trouble nos consciences, et nous voulons aider. Et je crois que ceux à qui il a beaucoup été donné doivent faire beaucoup. Et l'Amérique a été bénie. C'est pourquoi nous devons beaucoup faire pour aider la souffrance humaine, la faim, la maladie et le désespoir.
Par conséquent, il va s'agir d'un voyage, qui sera accompagné de la bonne volonté des Américains, avec une stratégie pour aider les pays à gérer leurs problèmes. Je suis reconnaissant envers les dirigeants d'Afrique, et je me réjouis de pouvoir travailler justement avec ces dirigeants en tant que partenaires pour résoudre certains des problèmes qui, je pense, peuvent effectivement être résolus. Merci d'être venu. Je suis prêt à répondre aux questions.
RFI : La situation au Darfour a toujours été une source de graves préoccupations pour vous. Les officiels des Nations unies disent que la situation sur le terrain s'est aggravée au cours de ces dernières journées. Il y a également eu des combats très importants au Tchad. Pensez-vous qu'il y ait un lien entre ces deux éléments, entre le Darfour et le Tchad. Et que faire quant à l'avenir ?
- Je vous remercie. Je crois effectivement que ce lien existe. Tout d'abord, permettez-moi un retour en arrière. Je vais vous dire que les Etats-Unis ont décrit cette situation au Darfour comme étant un génocide. Et, j'ai pris une décision très tôt selon laquelle nous travaillerons par le biais des Nations unies pour aider à envoyer des troupes, qui pourraient lutter contre la souffrance et donner de l'espoir aux négociations entre les groupes rebelles et le gouvernement. Malheureusement, les groupes rebelles, qui étaient au nombre de trois, sont maintenant des multiples de trois. On aurait pu faire la différence au début, Khartoum aurait pu faire quelque chose au début, mais ils ont choisi de faire autrement.
Par conséquent, les Etats-Unis continuent d'œuvrer auprès de la communauté internationale pour faire pression sur le gouvernement du Soudan. J'ai imposé des sanctions très dures contre des individus et contre des sociétés soudanaises. Je l'ai également fait contre au moins un dirigeant rebelle à ma connaissance car je veux communiquer ce signal selon lequel les mauvais comportements impliquent des conséquences. Nous continuons de travailler avec d'autres pays pour les encourager à suivre cette même approche dure avec tous les pays du monde. Certains pays sont réticents, d'autres sont très désireux d'aider. En ce qui concerne les conditions sur le terrain, il y a une chose que nous avons faite, c'est apporter de l'aide en quantité massive. Bien sûr, ce qui nous préoccupe, c'est de savoir si effectivement cette aide parvient dans les camps de réfugiés.
De plus, j'ai dit aux responsables de l'ONU que nous apporterions des formations, de l'entraînement, les équipements pour faciliter l'envoi de troupes. Mais la question qui se pose : est-ce que les troupes viendront ? Et bien, justement une chose que je peux faire, c'est appeler le monde à passer à l'action quand je serai au Rwanda pour féliciter les troupes rwandaises qui se rendront là-bas, et remercier le gouvernement du président Kagamé pour son volontarisme.
Je suis frustré par la lenteur des situations du développement sur le terrain. Je ne suis pas heureux de cela du fait que d'autres pays, certains autres pays, ne prennent pas les mesures nécessaires pour appliquer une pression sur le gouvernement.
J'ai nommé un nouvel envoyé au Soudan dont la tâche est de créer un cadre de négociations qui puisse être efficace. Un des problèmes d'application, c'est que les groupes rebelles sont passés de trois jusqu'à dix, douze, voire dix-huit, si je ne m'abuse. Il faut par conséquent que les Etats-Unis et d'autres rassemblent tous ces groupes pour qu'il y ait quelqu'un avec qui on puisse négocier, qui pourrait parler au nom de tous avec une voix unique.
Je crois effectivement que l'instabilité au Darfour affecte le Tchad et les intérêts français. Et je remercie le gouvernement de Nicolas Sarkozy pour son travail responsable, pour avoir rallié des forces de l'Union européenne pour venir en aide.
Il s'agit d'une situation triste et malheureuse. C'est frustrant, mais en revanche, il y a des moments d'espoir, par exemple, le fait que nombreux sont ceux dans le monde entier qui apportent de l'aide aux gens dans les camps. Mais, le problème, c'est que les gens dans les camps, on voudrait qu'ils rentrent dans leur village.
- Au sujet du Kenya, Monsieur le président. Cela fait un mois et demi maintenant qu'il y a de la violence ethnique. Qui a emporté les élections ? Que faut-il faire pour mettre fin à cette violence ?
- Je ne sais pas si l'on peut dire avec certitude qui a gagné l'élection ? Ca, c'est justement une partie du problème. Deuxièmement, je pense qu'il y a une marche à suivre, et la marche à suivre dit que les parties doivent se réunir de bonne foi et trouver une marche à suivre, un cap jusqu'à ce qu'il y ait de nouvelles élections dont la date devra être fixée par les parties.
Je ne pense pas que ni les Etats-Unis ni personne d'autre ne doivent intervenir et dire « il faut qu'il y ait des élections maintenant ». Mais on peut aider Kofi Annan à encourager les parties à travailler ensemble de manière positive, encourageante. Ainsi les gens pourront voir qu'il y a une sortie, un avenir. Lorsque je serai au Rwanda, je vais demander à Condi [Condoleezza Rice] de se rendre au Kenya et de rencontrer les dirigeants au Kenya pour voir si nous pouvons aider Kofi Annan à faire évoluer le processus.
Sénégalais. Journaliste depuis 2000. Jounaliste politique depuis 2004. Encore en exercice.
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