 Entre Wade et Macky Sall, l'on n'est plus dans la guerre des tranchées : c'est à visage découvert que les têtes des deux principales institutions de la République s'affrontent. Armes politiques et moyens juridiques sont brandis pour maintenir la bataille à un niveau conventionnel. Une guerre qui en rappelle une autre : celle de 1962 entre Senghor et Mamadou Dia.
Avec le niveau atteint hier dans l'escalade des relations entre le président de la République et celui de l'Assemblée nationale, tous les éléments constitutifs d'une crise institutionnelle semblent réunis. Et c'est l'histoire qui semble bégayer. En effet, ce début d'incendie entre le Palais de la République et le perchoir de l'Assemblée nationale rappelle curieusement des événements intervenus il y a 45 ans entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Si les enjeux sont, éminemment, différents, les méthodes et les procédés, les manifestations visibles et les logiques guerrières de part et d'autre font qu'il n'est pas exagéré d'établir une comparaison entre ces deux étapes de l'histoire politique du Sénégal. Si Mamadou Dia s'arc-boutait sur la primauté du parti pour régenter des conflits internes, Macky Sall s'adosse lui sur des éléments de légalité pour justifier son refus de céder aux injonctions du président de la République. Une posture qui s'abreuve aux sources constitutionnelles et légales qui font que, dans une démocratie normale, l'Assemblée nationale encore moins son président ne peut être à la botte de l'Exécutif. ‘Je suis un élu ; le pays fonctionne sur la base de lois et règlements', aurait répondu Macky Sall à Me Wade qui l'avait sommé de démissionner. Alors, l'on s'achemine de manière irréversible vers une guerre entre le droit et la politique. Le droit étant l'arme de Macky Sall alors que, en l'état actuel des choses, Me Wade ne dispose que d'instruments politiques pour combattre le président de l'Assemblée nationale.
Mais, l'histoire renseigne qu'ayant dos au mur, donc contraint à guerroyer frontalement contre son Président du conseil, Léopold Sédar Senghor avait brandi l'argument du coup d'Etat pour arrêter et emprisonner Mamadou Dia avant de le faire traduire devant la Cour de sûreté de l'Etat. Wade ira-t-il jusque-là ? Nul ne peut être affirmatif à cette étape de la guéguerre ! Ce qui est, en revanche, sûr, c'est que, à moins d'invoquer des artifices de droit pour avoir la peau de Macky Sall, Me Wade ne peut, dans la rigueur des principes, démettre individuellement Macky Sall. Ce qu'il peut, en l'état actuel du droit constitutionnel positif, c'est dissoudre l'Assemblée nationale dans sa globalité. Une hypothèse pour le moins surréaliste si l'on sait que l'article 87 érige, exprès, un corset qui dispose que ‘la dissolution ne peut intervenir durant les deux premières années de législature'. Ainsi, installée au mois de juin dernier, la onzième législature ne peut être remise à plat que si le président de la République parvient à abroger l'article 87. Une attitude suicidaire si l'on sait que, regardé de l'extérieur comme étant une vitrine de la démocratie, le Sénégal, à travers son président, ne peut se payer le luxe de tripatouiller les textes pour régler des comptes politiques. Suicidaire, également, aux yeux de l'opinion qui comprendrait difficilement que Me Wade aille jusqu'à cette extrémité pour débarquer Macky Sall.
En définitive, une déjà lointaine histoire rappelle que Senghor avait usé de la théorie du complot pour se défaire de Mamadou Dia. L'histoire récente retient, quant à elle, que les lois et règlements, les forces de sécurité et la Justice avaient été mobilisées pour faire payer à Idrissa Seck des fautes réelles ou supposées. Aujourd'hui, d'autres pages de l'histoire commencent à s'écrire. Dans les deux derniers cas, il y a toujours en vedette le même Wade dans le rôle de
Terminator.
Source : www.walf.sn
Catégorie : Lu, Vu et Entendu |