A l'instar des pays comme les Etats-Unis et l'Allemagne, le Royaume d'Espagne s'intéresse de plus en plus à la région de la Casamance. Ce Royaume a fait ses premiers pas dans la partie méridionale de notre pays, au début de l'alternance, dans la communauté rurale de Djimbéring, à l'Ouest du département d'Oussouye. Aujourd'hui, avec un programme estimé à 9,5 milliards de nos francs, le Royaume de Juan Carlos ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Car déjà, ses interventions en Casamance ont atteint l'ensemble des trois départements de Ziguinchor. Et cap sur 2012. Et pourquoi donc l'Espagne s'intéresse-t-elle à la Casamance ?
Interpellée le 13 décembre dernier à Ziguinchor, à propos du choix porté par son pays sur la région méridionale du pays, Rita Santos Suàrez, représentante du bureau technique de la coopération espagnole à Dakar, s'est voulue claire. La Casamance est, selon elle, l'une des « deux régions prioritaires de la coopération espagnole au Sénégal ». Si on l'en croit, la coopération espagnole, fort bien entretenue avec le pays de la Téranga depuis maintenant plusieurs années, est présente sur toute l'étendue du territoire national, ou presque. Mais ce sont les régions de Saint-Louis (au nord) et de la Casamance (au sud) qui ont le plus retenu l'attention « du Peuple espagnol ». Sachant les tragédies à répétition, découlant des nombreux voyages de clandestins à bord de pirogues de fortune quittant entre autres les côtes casamançaises, à Elinkine, on est forcément enclin à croire que c'est pour y trouver une solution définitive que le Royaume ibérique prend soin de cette partie méridionale du pays. Que non ! L'on se souvient que ces tragédies ont fait plusieurs centaines de victimes entre début et mi-2007. Lesquelles étaient des jeunes Sénégalais, Gambiens, Guinéens et même maliens qui prenaient le départ à Elinkine, situé à l'extrême Ouest du département d'Oussouye.
L'émigration clandestine n'est pas une priorité de l'Espagne en Casamance
Mme Suàrez précisera, en marge d'un atelier régional de capitalisation pour la poursuite des interventions espagnoles en Casamance, que la question liée à l'émigration clandestine ne fait pas partie des sujets qui ont amené l'Espagne à s'intéresser à la Casamance. « Le sujet de l'émigration ne rentre pas dans notre préoccupation » a-t-elle prévenu. La représentante du bureau technique de la coopération espagnole à Dakar ajoutera que même si l'objectif visé par Madrid dans la région naturelle pourrait avoir comme effets collatéraux de donner un coup de frein au fléau de l'émigration clandestine vers la péninsule ibérique, il reste sûr que ce n'est pas cela qui est à l'épicentre de leurs efforts. En l'occurrence, selon elle, deux choses constituent le mobile des interventions espagnoles en Casamance. Ce sont : le développement et la réduction de la pauvreté. « C'est vrai que l'émigration est un phénomène qui touche nos deux pays, mais c'est surtout l'appui au développement et la réduction de la pauvreté à court terme, que nous voulons » a avancé Mme Rita Santos Suàrez.
9,5 milliards de Fcfa pour lutter contre la pauvreté
A noter que la coopération espagnole, à travers l'Agence espagnole de coopération internationale (Aeci), déroule en Casamance depuis 2000 et ce, jusqu'en 2012, un programme estimé à 9,5 milliards de nos francs. Si l'on en croit Boubacar Sonko, directeur de l'Agence régionale de développement (Ard), ce programme en deux volets, « concerne les départements de Bignona, Ziguinchor et Oussouye ». Les deux volets, complète Mme Rita Santos Suàrez, sont : « la coopération bilatérale Etat - Etat, et l'appui direct à la base, notamment l'appui aux Ard ». Pour elle, c'est le second volet qui a été favorisé en Casamance. En ce sens que l'Espagne souhaite à travers cette démarche « toucher vraiment la population dans le cadre de la lutte contre la pauvreté ».
Madrid suit sa propre logique
En s'inscrivant dans cette dynamique, Madrid entend respecter sa propre logique concernant la coopération bilatérale à travers le monde. « C'est cela l'objectif de la coopération espagnole dans le monde. Notre plan directeur est la lutte contre la pauvreté à côté de notre appui au processus de décentralisation » a indiqué la représentante du bureau technique de la coopération espagnole à Dakar. Revenant sur quelques réalisations du Royaume ibérique en Casamance, Mme Suàrez citera les domaines de la santé, de l'éducation, de la formation professionnelle, de l'accès à l'eau potable, etc. Les élus locaux ne sont pas en reste au sens où, jeudi dernier, ils ont bénéficié d'un atelier de capitalisation en vue d'une meilleure gestion de la chose publique à la base.
Rappelons qu'en plus de l'Aeci (Espagne), la dynamique de paix et du développement de la Casamance bénéficie, entre autres, des interventions de l'Usaid (Etats-Unis) qui, entre 2000 et 2007 y a injecté plus de 15 millions de Dollars Us, et de la Gtz (Allemagne) qui a prévu de mettre dans son Programme Casamance (Procas) une somme de 21 millions d'Euros étalés sur 12 ans. Ces interventions ont-elles été faites par pure philanthropie ? Là gît la question.
Boubacar DIASSY |