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24 heures
dimanche 16 décembre 2007, a 15:44
Le TALK DE 24 HEURES : TIKEN JAH FAKOLY, EXILE AU MALI, INDESIRABLE AU SENEGAL : « MAINTENANT, J’AI PEUR POUR MA VIE »

C'est un citoyen africain qui a appris, avec beaucoup de surprise, la décision sur son interdiction de séjour au Sénégal. Tiken Jah Fakoly, joint hier au téléphone depuis Abidjan où il se trouve présentement, espère que les autorités vont revenir sur cette décision et assure que les autorités sénégalaises ne vont pas réussir à le bâillonner et qu'il va continuer d'asséner ses vérités si le Sénégal vire à la dérive. Le rasta ivoirien, qui craint aujourd'hui pour sa vie, reste toujours déterminé dans son combat pour l'Afrique.

 

Tiken, êtes-vous au courant que vous êtes persona non grata au Sénégal ?

 

Oui ! Je suis au courant. Sur les causes, je pense qu'en tant qu'Africain, j'ai le droit de dire mon point de vue sur la situation politique de ce pays. C'était le plus normal du monde, en ma qualité de citoyen africain. Mais, le constat est que ce n'est pas apprécié. Si le Sénégal est une véritable démocratie, on ne doit pas avoir des problèmes avec la liberté d'expression.

 

Quelle a été votre réaction une fois informé de cette décision ?

 

C'est une décision qui m'a beaucoup surpris. Je pense que j'ai le droit de dire ce que je pense sur ce pays. Je pense qu'au Sénégal, en tant que pays démocratique, il doit y avoir la liberté d'expression pour permettre à chaque personne de dire ce qu'il pense par rapport à une situation. Maintenant, cela n'a pas été apprécié par certaines personnes. C'est dommage. Je pense que cela ne devait pas arriver. Cela m'a en tout cas beaucoup surpris.

 

Vous êtes quand même peiné par cette décision.

 

Oh ! Je parlerai plutôt de surprise. J'ai été surpris, parce que j'ai vu une interview du Président de Wade sur France 24, au cours de la quelle il présentait le Sénégal comme un pays démocratique. Et j'étais enchanté. C'est pourquoi, je vous dis que je suis profondément surpris.

 

Est-ce un recul démocratique ?

 

Je ne veux pas juger. Mais, j'avoue que je suis très surpris par la décision de m'interdire de venir au Sénégal. Ce sont des choses que je fais partout. Je suis allé en Centrafrique en 2003 et j'ai dit ce que je pensais par rapport à la candidature de François Bozizé. Je suis allé, il n'y a pas longtemps à un concert au Bénin parrainé par le Président (Yayi Boni) contre la corruption et j'ai dit ce que je pensais. Avant et après l'arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir au Togo par rapport à sa candidature. Et je suis venu au Sénégal et j'ai donné simplement mon impression sur une chose qui crée la polémique au Sénégal. Et en tant que citoyen africain, il n'est pas cool de m'interdire de venir dans mon pays, parce que je considère le Sénégal comme mon pays. Mon dernier album s'appelle L'Africain et je me considère comme un Africain. J'espère que les autorités sénégalaises vont revoir leur décision. Et je pourrais venir à Dakar pour faire des concerts quand je veux. Je pense que ce n'est pas cool, cette décision. C'est tout.

 

Le Sénégal n'est-il pas en train de devenir un régime dictatorial, s'il a maintenant des problèmes avec les libertés d'expression ?

 

Ecoutez ! Je ne veux pas juger. Je n'ai pas envie de dire que le Sénégal recule ou avance. J'ai dit que je suis un citoyen africain et je suis dans un pays africain, je donne mon point de vue sur la situation politique. Je fais du reggae et mon devoir est d'éveiller les consciences, d'éduquer et d'informer. Ce que je peux dire au nom de la jeunesse africaine, je dis au Chef d'Etat qu'il n'est pas question de se faire succéder par son fils. On a vu le cas au Togo avant que le fils du Général Gnassingbé Eyadéma vienne au pouvoir et cela a coûté beaucoup de vies. Nous ne voulons pas de ça au Sénégal. Nos parents se sont battus et je pense que le Président Wade fait partie de ceux qui se sont battus pour la démocratie et la liberté d'expression au Sénégal. Je dis donc au nom de la jeunesse africaine, il n'est plus question qu'un Chef d'Etat prépare le terrain pour son fils. Pour nous, en tant que jeune africain, c'est fini. C'est terminé, parce que nos parents se sont battus pour obtenir le peu de démocratie que nous avons obtenue et le peu de liberté d'expression que nous avons, il n'est pas question qu'on marche sur le combat qu'ils ont gagné.

 

Est-ce que cette décision des autorités sénégalaises va désormais vous empêcher de dire ce que vous pensez sur ce pays ?

 

Pas du tout ! En tant que citoyen africain, je dirai ce que je pense par rapport à toutes les situations. Je donnerai toujours mon point de vue sur le Sénégal, si je constate des dérives. Je vais vous donner un exemple. En Europe, j'ai joué trente concerts et tous les soirs je dis que je ne suis pas content de Nicolas Sarkozy par rapport à sa politique sur l'immigration. Pendant trente concerts en Suisse, en Belgique, je lui ai dit que je ne suis content et que l'Afrique n'est pas contente de la loi sur les tests d'Adn, sa politique d'immigration. Je le dis tous les soirs. Pendant trois concerts, nous avons été suivis par les Renseignements généraux et durant le troisième concert les organisateurs m'ont dit qu'il y avait des Rg dans la salle. Je leur ai fait une dédicace pour leur demander de bien s'amuser (rires). Et durant ce même soir, j'ai passé le message pour dire à Sarkozy que nous sommes outrés par les tests Adn. Et je n'ai pas eu de problèmes en France. Si j'ai maintenant des problèmes en Afrique, cela veut dire qu'il y a des problèmes. De toute façon, si je ne viens pas aujourd'hui, je viendrai un jour. Maintenant, je ne peux qu'avoir confiance au gouvernement sénégalais. J'espère que les autorités vont revenir sur leur décision, parce que le Sénégal est mon pays et on ne peut pas m'interdire de venir dans mon pays.

 

Ne croyez-vous pas que vous êtes allé trop loin en demandant au Président Wade de démissionner ?

 

Non ! J'ai dit ce que je pensais par rapport à une situation donnée. La jeunesse africaine ne peut pas accepter que les fils des Chefs d'Etat deviennent comme ça des Présidents. Nous n'allons plus l'accepter. Je fais du reggae et je dis haut et fort ce que je pense. Je l'ai toujours fait un peu partout en Afrique, à chaque fois que je constate que de telles situations, comme ce qui se passe au Sénégal avec la polémique sur la succession du Président de Wade par son fils. J'ai donné mon point de vue et les gens ont pris une décision que je trouve quand même surprenante.

 

Est-ce que vous allez travailler pour que les autorités sénégalaises reviennent sur cette décision ?

 

J'espère que les autorités reviendront sur leur décision, parce que le Sénégal n'a pas besoin d'une polémique comme ça aujourd'hui. Je pense que le ministre (Ousmane Ngom) qui a pris cette décision, il ne connaît pas Tiken Jah Fakoly. Je pense qu'il ne connaît pas Tiken Jah Fakoly, c'est pourquoi il a pris cette décision. Et maintenant qu'il me connaît, il va revoir sa position parce que cette interdiction de venir à Dakar ne va changer en rien l'engagement de Tiken Jah Fakoly pour l'Afrique et la jeunesse africaine.

 

Tiken, croyez-vous ne pas aujourd'hui que vous représentez une menace pour les dirigeants africains avec vos prises de position tranchées ?

 

Je pense qu'aujourd'hui tous les pays africains se présentent comme des Etats démocratiques. Si je gêne, cela veut dire que la liberté d'expression n'est pas réelle et que la démocratie dont on parle n'est pas sincère. Je pense que si je gêne, la démocratie n'est pas sincère en Afrique. C'est dommage parce que beaucoup de Chefs d'Etat se sont battus pour cette démocratie. Je pense que Me Maître Abdoulaye Wade fait partie des gens qui nous ont appris à dire non si ça ne va pas. Aujourd'hui, il fait également partie des gens qui se sont battus pour la démocratie en Afrique, c'est pour cela que cette décision m'a surpris. C'est dommage. Ce n'est pas mon devoir en tant que reggaeman d'avoir des contacts ou des rapports avec des politiques. Je suis un peu la voix de cette population sans voix. Mon devoir est donc de rester auprès du peuple, de la majorité et des citoyens africains. Je n'ai pas forcément des rapports avec les autorités sénégalaises et j'espère qu'ils feront preuve de sagesse dans les jours à venir pour lever cette interdiction de séjour, au citoyen africain, Tiken Jah Fakoly, au Sénégal.

 

Malgré cette décision, êtes-vous prêt à revenir à Dakar ?

 

Je n'ai, aucunement, envie de lancer un défi au gouvernement sénégalais, mais je souhaiterais qu'ils reviennent sur leurs décisions. Cela ne fait pas du bien à la santé et à l'image du Sénégal. Comme je suis Africain, j'ai des intérêts à Dakar. Dakar, c'est l'Afrique. Le Sénégal, c'est l'Afrique. Donc, il est important que je vienne à Dakar, parce que la jeunesse sénégalaise écoute ma musique et elle soutient mon combat. J'espère tout simplement que le gouvernement sénégalais va revenir sur sa décision pour que je vienne faire un grand concert au Sénégal, mais cette fois-ci au grand stade de Dakar. C'est prévu que je revienne à Dakar. Cela fait partie de mes projets. C'est pour ça que je veux que les dirigeants sénégalais reviennent sur leur décision pour que l'artiste Tiken Jah Fakoly puisse se produire dans les mois qui viennent au Sénégal, parce que le fait de m'interdire de venir n'est pas forcément positif pour l'image du Sénégal. Je fais confiance à l'intelligence, à la sagesse, des hommes politiques sénégalais et des autorités sénégalaises pour qu'ils reviennent sur leur décision pour que je puisse revenir un jour tenir un grand concert au Sénégal quand je serai invité par un organisateur de spectacles.

 

Aujourd'hui, ne craignez-vous pas pour votre vie ?

 

Si ! Si ! J'ai peur. Maintenant, je crains pour ma vie. Mais, depuis que Thomas Sankara a été assassiné, j'ai tout perdu. Le jour où Patrice Lumumba a été assassiné, j'ai tout perdu. Je pense que le jour où Kwame Nkrumah a été chassé du pouvoir, j'ai tout perdu. Je pense que le jour où Thomas Sankara a été assassiné, j'ai été assassiné. Le jour où Patrice Lumumba a été assassiné, j'ai été assassiné déjà. Je pense que j'ai le droit d'avoir peur. J'ai peur oui. Mais, je suis un artiste qui fait du reggae, mon message ne peut pas être autrement.

 

Votre amour pour l'Afrique en vaut-il la peine ?

 

Exactement ! Je pense que mon amour pour l'Afrique et pour la jeunesse africaine en vaut la peine. Il vaut tous les sacrifices. Je pense très sincèrement que je ne fais rien de mal. Je suis un artiste, qui est dans la logique de la démocratie, dans la logique de la liberté d'expression et que si je dérange cela veut dire que ces gens ne sont pas démocrates et que ces gens ne sont pas forcément sincères quand ils parlent de démocratie. Mais, j'ai du respect pour tous les ministres du gouvernement sénégalais, j'ai du respect pour Me Abdoulaye Wade qui est un grand frère et mon papa. Je suis un citoyen africain et j'ai le droit de m'exprimer par rapport à tout ce qui se passe sur notre continent.

 

Pourquoi, le concert de Bouaké prévu ce samedi ne va pas se tenir ?

 

Le concert de Bouaké a été reporté à une date ultérieure, parce qu'on a vu qu'il coïncide avec la fête de la Tabaski. C'est la seule raison. Je suis à Abidjan depuis hier c'est-à-dire depuis la fin du concert de Dakar. C'est ici même que j'ai appris la décision.

 

Source : www.seneweb.com

 

Catégorie : Lu, Vu et Entendu

 

Voici un extrait de Tiken à Dakar. Concentrez-vous surtout.



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Sénégalais. Journaliste depuis 2000. Encore en exercice.
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''Tous les journalistes africains sont des suicidaires, à moins qu’ils renoncent à leur métier''.
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